L’étape assassine du Tour de France, en fixie

Le glaçant Luchon – Bayonne, c’est 326 kilomètres dont 6 000 mètres de dénivelé positif et 5 cols à franchir. Ce mercredi 3 juin, Patrick Seabase se lance à l’assaut de l’étape qui a terrorisé le Tour de France pendant 10 ans, en vélo à pignon fixe.

« C’est le vélo le plus simple qui existe : pas de vitesse, pas de roue libre, pas de freins. »

« Vous êtes des assassins ! Oui, des assassins ! » C’est ce qu’avait crié Octave Lapize, vainqueur du Tour de France en 1910 à Henri Desgranges, le créateur de la compétition. Il venait de franchir le col d’Aubisque (1 709 m) et il lui restait encore 160 kilomètres à parcourir… En 1910, lorsque l’étape avait été ajoutée à La Grande Boucle, 56 des 59 coureurs avaient fini par mettre le pied à terre. Avec plus de 300 kilomètres entre Bagnères-de-Luchon et Bayonne, 6 000 mètres de dénivelé positif et 5 cols à franchir, c’est l’équivalent de 110 ascensions jusqu’au 3ème étage de la Tour Eiffel, en 45 heures. Cette redoutable étape avait créé un vif tollé au sein du peloton. Elle a finalement été abandonnée au bout de 10 ans. Plus d’un siècle plus tard, le cycliste suisse Patrick Seabase a décidé de rouler dans les traces de ces légendes du vélo et sera le premier à parcourir cette étape mythique sur une bicyclette… à pignon fixe.
 

Patrick Seabase vélo fixie

© VA Images

Pignon fixe, comme à l’ancienne
En 1910, les vélos utilisés disposaient de 2 vitesses : une pour les montées, l’autre pour le reste. Sans dérailleur, les cyclistes devaient déposer leur roue arrière pour en poser une autre afin de changer de vitesse. Leurs deux-roues faits d’acier et de bois pesaient entre 10 et 13 kilos.

Patrick Seabase roulera avec le même genre d’appareil. Si son vélo à lui est un modèle dernier cri, (en carbone, 7,2 kilos), il ne se contentera pourtant que d’une seule vitesse. Puriste dans l’âme, il roule avec un pignon fixe à l’arrière et sans freins, un fixie. Par conséquent, les pédales tournent en même temps que la roue arrière, ce qui implique qu’il ne peut jamais s’arrêter de pédaler en mouvement. Pour freiner, il doit appliquer une contre-pression avec les pieds. De ce fait, les descentes sont aussi exigeantes que les montées et assurément plus dangereuses.
 

 
« En plus du challenge personnel, je veux savoir ce que ces sportifs ont traversé lors de la première étape de montagne du Tour de France. » Originaire de Berne, le suisse parcourt environ 15 000 km par an sur deux roues, dont la moitié en fixie. « J’utilise mes vélos jusqu’à ce qu’ils tombent en pièces« , avoue-t-il.
 
Détails du parcours
Patrick Seabase débutera l’ascension du col de Peyresourde (1 569 m) avant le lever du soleil. Après le col de l’Aspin (1 489 m), il devra affronter celui du Tourmalet (2 115 m). Ces 17 km de montée par la face Est sont ceux qu’il redoute le plus, car ils arriveront après, déjà, 2 000 mètres de dénivelé positif et deux redoutables descentes. Il enchaînera ensuite l’ascension du col d’Aubisque (1 709 m), presque deux fois plus longue que celle du Tourmalet.

La seconde moitié du parcours est parsemée de collines vallonnées. Avec ses 290 mètres de dénivelé positif, le col d’Osquich (500 m) n’est qu’une simple bosse, comparé aux géants des Pyrénées que Seabase aura déjà franchis. Mais à ce stade, la fatigue, voire l’épuisement, pourrait rendre cette ascension pénible. Pendant les 80 derniers kilomètres qu’il parcourra au soleil couchant, descentes et petites côtes s’ajouteront à 1 000 mètres de dénivelé positif. Le fou prévoit de réaliser cette étape en 15 heures.

Suivez le défi le 03 juin sur le site de Red Bull.

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