Franck Cammas entre ciel et mer

Cap Horn, un lieu mythique pour les navigateurs

Franck Cammas, vainqueur de la Volvo Ocean Race en 2012 et de la Route du Rhum en 2010, fait prendre de la hauteur au monde de la voile. À peine remis sur pied à la suite d’une grave blessure, il a su reprendre ses bonnes habitudes. Lui a croisé la route du Petit Mozart de la voile, à mi-chemin entre son aventure du Cap Horn et son Graal… la Coupe de l’America. 

Pour un skipper, le Cap Horn reste un mirage lointain, un doux souvenir dans la mémoire d’un marin. Pour les habitants de la pointe sud du Chili, le Rocher a une toute autre réputation. D’après la légende, il se trouverait dans ses hauteurs la tombe du Diable. Entre les vents violents et les vagues monstrueuses, cette zone du globe ne fait aucun cadeau à ses visiteurs. Cela n’a pas empêché Franck Cammas de longer au plus près la Terre de Feu à bord de son navire, le Nacra. Pour la Julbo Sail Session, il a fait face à cet enfer aux  paysages idylliques. Au-delà d’atteindre un nouveau défi, il a partagé pendant 10 jours sa passion avec un néophyte, Yohannes Wiebel. Après avoir été sélectionné parmi 80 candidats, l’Allemand a retrouvé Franck Cammas à Ushuaïa en Argentine.

Pour la première fois, le Nacra, un catamaran volant de 6 mètres de long, va faire le tour de la pointe mythique. Le bateau s’inspire des modèles oracles de la Coupe de l’America. Lors de l’envol, le système de foil permet au bateau de tenir en équilibre sur l’eau. Quand le navire s’envole, ses palmes en carbone cisaillent la moindre vague dans son sillage. C’est une sensation de navigation unique. Il attribue au monde de la voile une dimension futuriste. Car à présent les navires ne flottent plus, ils volent !

Nacras vol sur l'eau

©Jeremy Bernard

Le début de leur épopée commence à Puerto Williams, une ville portuaire chilienne, habitée seulement par des militaires. Plus de 145 km, à vol d’oiseau, les séparent du Cap Horn et le temps leur est compté. En 10 jours ils doivent parcourir de nombreux milles ! Le  vent, les contrôles de sécurité et les changements climatiques sont incessants . Après avoir déjoué les contretemps des procédures chiliennes, ils se dirigent vers le village le plus au sud du monde situé à Puerto Toro. Arrivés là bas, ils font une courte pause déjeuner afin d’engloutir un maximum de milles nautiques.

Le voilier Xplorer en plein déluge.

©Jeremy Bernard

Ils veulent se positionner au mieux vers le Cap Horn. Une fois la redoutable Baie de Nassau dépassée, ils ne se trouvent plus qu’a 9 miles du mythique cailloux. Dans ces conditions extrêmes le voilier Xplore leur sert de base pour leur assurer un minimum de sécurité.

« Plus on s’approchait du Cap Horn, plus c’était impressionnant. C’est un véritable colosse » Yohannes Wieble

L’Atlantique à l’est, le Pacifique à l’ouest marque la rencontre de deux océans dans un cadre unique.  En mouillage à Caleta Martial, le mauvais temps est à nouveau de sortie. L’équipe attend plusieurs jours avant de reprendre le large. Tout le monde guette le ciel et analyse les moindres données météorologiques pour enfin trouver une fenêtre d’accès au Cap. Après plusieurs jours d’attente, les conditions idéales font leur apparition.  Le Nacra se met à voler rapidement. La grand voile prend l’air sur les bords du Cap Horn. À peine ils dépassent le célèbre pic, une nouvelle tempête les menace plus au sud … Pour prévenir du danger, ils auront navigué plus de 10 heures pour rentrer à nouveau dans l’archipel et être en sécurité.

Franck Cammas en amérique du sud

©Jeremy Bernard

Pour nous raconter plus en détail cette aventure, le Loup des Mers Franck Cammas, nous fait part des différentes situations qu’ils ont pu rencontrer et comment l’équipe a su les gérer. Lui l’a croisé dans le bâtiment de Groupama Team France à Lorient.

Pourquoi avoir fait cette aventure ?
Julbo m’accompagne depuis le début de ma carrière. Ils sont venus me voir en m’expliquant le concept des Sessions Julbo, ayant pour but de réunir un professionnel et un amateur fan de la discipline. Ils m’ont proposé de choisir un lieu à découvrir avec Yohannes Wiebel. J’avais envie de sillonner la zone du Cap Horn, qui est un lieu très hostile pour les hommes. Il fait froid, il y a des dépressions et cet endroit est coupé du monde. Durant mes compétitions je passai devant ces montagnes enneigées, en me disant : « Ce serait bien de prendre le temps pour longer ce littoral incroyable. »

Étant donné l’isolement de ce lieu, comment avez-vous organisé toute la logistique pour le tournage ?
C’était très compliqué ! Les procédures des administrations chiliennes ont surchargé notre programme. Il fallait qu’ils vérifient l’ensemble du catamaran et tout le matériel de sécurité. Ils nous ont pris pour des illuminés lorsqu’on leur a expliqué que l’on voulait faire le tour du Cap Horn.(Rires) Ils trouvaient que nous étions inconscients … C’est normal ! Ils se sentent responsables de notre vie. À côté de cela il fallait transporter le Nacra de Lorient jusqu’en Argentine en avion et ensuite le faire descendre jusqu’à la pointe du Chili. C’était une véritable mission pour l’équipe. On devait aussi disposer de Xplore et d’un zodiaque de bonne manufacture. C’était limite ! Mais on a réussi à réunir toutes les pièces du puzzle !

Pouvez-vous nous raconter le déroulement des sélections ?
Après avoir étudié plus de quatre-vingts demandes, on a choisi six personnes pour la phase finale à la Rochelle. On les a testées sur plusieurs domaines. Il était nécessaire que mon coéquipier respecte certaines caractéristiques afin que le projet puisse s’orchestrer de manière pérenne. Yohannes avait le profil type que l’on recherchait.

On voyait souvent les voiliers volant durant la Coupe de l’America. De quelle façon ce système de foil permet au catamaran de prendre son envol, s’est-il adapté à une dimension plus petite ?
Il y a des classes, comme les bateaux  de la Coupe de l’America, qui ont permis l’évolution et l’adaptation de cette technique sur des navires de tailles inférieures. Cette adaptation permet d’avoir un financement moins conséquent ; c’est un biais pour que le grand public puisse y avoir accès. Les sensations de vol sont sublimes ! C’est très excitant de découvrir ces nouveaux bateaux qui sont une nouvelle façon de naviguer aussi.

Amoureux de la voile, découvrez dès à présent la vidéo Foiling Cap Horn juste ici … et pour suivre les actualités de Franck Cammas, rendez-vous sur la page de la Team Groupama France.

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