Les filles vues par… Nikola Tamindzic

Que se passe-t-il quand les villes font l’amour ? La question parait folklorique, c’est pourtant l’angle sous lequel le photographe Nikola Tamindzic voit New York. Fucking New York est l’aboutissement d’une série de photos où les femmes prennent leur pied dans la ville du « tout possible ». Lui a voulu rencontrer l’homme qui immortalise de magnifiques créatures en milieu urbain.

Lui. Comment et quand as-tu décidé de travailler comme photographe professionnel ?
Nikola Tamindzic.
J’ai commencé en 2004 quand on m’a proposé un boulot chez Gawker. Je venais à peine d’emménager à New York et je squattais encore les canapés de mes potes. C’est un peu comme ces improbables histoires romantiques de New York, où tu commences avec moins que rien, jusqu’à ce qu’une incroyable opportunité te tombe dessus. Cette ville est une machine à coïncidences.

Grâce à ça, j’ai pu faire de la mode pour Vogue, NYLON, Harpers Bazaar et d’autres gros magazines, et me permettre d’assouvir mon envie originale de mélanger photographie artistique et mode : Fucking New York en est le résultat.

Walk-don't-walk

© Nikola Tamindzic

Quels sont les sujets que tu aimes le plus shooter?
Les personnes de pouvoir, très souvent des femmes. Les gens que tu peux regarder droit dans les yeux, qui baissent leur garde, parce qu’ils n’ont aucun secret à cacher. Les gens avec qui tu te sens à égalité, qui ni ne t’admirent, ni te méprisent. C’est ces gens-là que j’invite dans mon univers un peu étrange et surréaliste. Quelqu’un qui comprends le monde dans lequel il va se projeter, qui est amoureux du monde que je créé.

Fucking New York est un univers parallèle à New York, qui peut être intimidant si tu te focalises sur la réalisation des images (être à poil dans la rue, en plein milieu de la journée, simulant des rapports sexuels avec la ville). Mais les femmes avec qui j’ai travaillé étaient comme des poissons dans l’eau. Elles avaient complètement compris la série, ce que ça disait d’elles, et de leur sexualité : la sexualité féminine dans tout ce qu’elle a de plus taquin, imprévisible, joyeuse, et intense.

Qui t’inspire (photographes et autres) ?
Principalement la musique. Quand j’ai commencé, je voulais que mes photos aient l’atmosphère décadente de Dog Man Star de Suede, ou de Boys and Girls de Bryan Ferry. La bande originale de Fucking New York elle-même serait surtout les albums new-yorkais de Bowie : Heathen, The Next Day, Blackstar.

Les peintres ont également eu une grande influence : j’envie leur faculté de créer des mondes avec des coups de pinceaux. Balthus notamment, et particulièrement son tableau The Street ; Modigliani et Schiele aussi. Les peintures énigmatiques de Giorgi de Chirico et ses places méditerranéennes vides. L’incroyable Samantha Keely Smith, peintre anglo-américaine, qui m’a énormément influencé ces deux dernières années… mais ça se verra dans mes futurs projets.

Il y a quelques photographes aussi. J’ai plus appris sur la vie personnelle d’une femme grâce à Francesca Woodman que grâce à n’importe qui d’autre. Esthétiquement, on n’a aucun rapport, mais je pense souvent à elle en travaillant, surtout lorsque ça implique des femmes et la sexualité. Comme si je lui demandais à chaque fois « C’est bien comme ça que ça se passe ? »… J’admire l’intensité effrayante de Roger Ballen et Antoine d’Agata, pas forcément dans l’aspect visuel, mais plutôt pour leur engagement pur et profond jusqu’au bout de leur travail.

Fuck-the-police

© Nikola Tamindzic

Qui ou quoi rêves-tu de shooter dans le futur ?
Une fois Fucking New York publié, je vais commencer deux projets de portraits. L’un à propos de couples hétéros et gays avec une énorme différence d’âge, l’autre dédiée exclusivement au pouvoir et à la beauté des femmes de plus de 50 ans.

D’après Instagram, je devrais shooter plus de célébrités —comme si ça n’avait pas été suffisamment fait et refait ! Ça m’intéresse bien plus de poursuivre vers des projets plus avant-gardistes, comme ce nouveau livre sur lequel je travaille. Ce sont des photographies prises sans appareil photo, qui ressemblent à des machines qui rêveraient de sexe après avoir passé beaucoup trop de temps à regarder du porno sur Internet. Je suis déjà en train de préparer une exposition de cette série à Paris d’ailleurs, j’espère pour l’année prochaine.

Des conseils pour les jeunes photographes ?
Quand tu commences, copie tout de tout le monde, tous ceux dont tu aimes le boulot. Ce ne sera jamais aussi bien, mais tu risques de créer quelque chose de nouveau par accident. Une fois que tu maîtrises mieux la photo, arrête aussitôt de copier le travail des autres. Respecte tes collègues. N’oublie surtout pas de te laisser du temps pour tes projets personnels, même si t’as beaucoup trop de travail.

Travailler tes projets est la meilleure manière d’avancer : au lieu d’essayer de faire une seule photo parfaite, tu explores des idées. L’inspiration te viendra ensuite en dehors de la photo, que ce soit de la philo, de la science, de la musique, de la religion, de la sociologie, ou de ce que tu veux, et ça rendra ton travail bien plus intéressant que si tu t’étais seulement inspiré des autres photographes.
Un dernier conseil, et pas des moindres : imprime tes photos. Plus c’est large, mieux c’est. C’est ce qui va tout changer.

Le projet vous a plu ? N’hésitez pas à soutenir la campagne de financement de Nikola, pour faire du projet Fucking New York un bel et beau livre ! !

Et retrouvez toutes les informations et photographies des différents travaux de Nikola sur son site officiel

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