Choisis ton fantasme

« Suis-je normal(e) ? » Depuis probablement des millénaires cette question hante les esprits masculins comme féminins, inquiétés autant qu’émoustillés par les idées plus ou moins bizarres qui leur traversent la tête sans prévenir : ces fantasmes qui s’invitent dans le cerveau entre la liste de courses et ce dernier dossier à rendre en urgence.

« Suis-je normal(e) ? » Pour guérir, ou se débarrasser de cette angoisse bien légitime, on peut envisager la psychanalyse, la lecture des forums internet, et sans doute bien d’autres thérapies. On peut aussi lire le Dictionnaire des Fantasmes et Perversions, paru aux éditions de La Musardine. L’ouvrage rassemble absolument tout ce qui est susceptible de provoquer une excitation sexuelle chez les hommes ou les femmes, avec les termes tout ce qu’il y a de plus scientifique et leur étymologie… Le tout nourri d’exemples pris dans la littérature (au sens large du terme).

Dacryphilie : excitation par les larmes. Dendrophilie : excitation par les arbres.

Un livre qui fait du bien ! Car on peut tout de suite vous l’assurer : on trouvera toujours plus bizarre que soi… Ou du moins, quand tout est bizarre, plus rien ne l’est.

Il y a bien sûr l’agoraphilie, le « désir de vouloir faire l’amour dans des endroits publics », qui se distingue de l’agrexophilie, « excitation ressentie en faisant l’amour de façon à ce que d’autres personnes le sachent et l’entendent » ; mais aussi l’anastémaphilie, cette « attirance pour les partenaires présentant une différence de taille avec le sujet » ; la cryophilie « excitation sexuelle due au froid, à des objets froids » et décrite entre autres par André Pieyre de Mandiargues dans L’anglais décrit dans le château fermé, la dacryphilie, « excitation par les larmes », la dendrophilie, « excitation sexuelle provoquée par les arbres », l’endytophilie, quand on préfère avoir un partenaire sexuel vêtu plutôt que nu, l’obésophilie, qui est exactement ce qu’on imagine à la lecture du mot, la peccatiphilie, les real dolls, les lits à clous, la sacofricose, la sidérodromophilie (quand on aime beaucoup beaucoup les trains), la spectrophilie (quand on aime beaucoup beaucoup les esprits, démons et autres spectres -il vaut mieux, dans ce cas, y croire), et quantité d’autres paraphilies, pratiques, habitudes, attirances et fétichismes.

Thalpotentiginie: Excitation sexuelle par la chaleur. L’usage d’un sèche-cheveux est assez fréquent.

Initialement paru en 1997 aux États-Unis, épuisé dans sa version française depuis quelques années, cette véritable encyclopédie du désir qu’est le Dictionnaire des fantasmes et perversions bénéficie cette année d’une nouvelle édition réactualisée, préfacée par le philosophe et psychanalyste Pierre Marie, et complété d’une bibliographie regroupant 200 auteurs, riche en titres qui pourront paraître, selon les goûts, surprenants, excitants ou plus qu’intrigants.

Une saine lecture, donc, certes idéale pour chercheurs en herbe ou psys en devenir, mais qui pourra aussi bien garantir une joyeuse variante au « Jeu du dictionnaire » propice aux éclats de rire plus ou moins gênés… et surtout à détendre plus qu’un peu celles et ceux qui se demandent encore, en 2014 : « Suis-je normal(e) ? » À cette question, découvre-t-on à la lecture du Dictionnaire des Fantasmes et Perversions, la seule réponse possible n’est pas « oui » ni « non », mais bel bien : « ou tout le monde l’est, ou personne ! »

Dictionnaire des fantasmes et perversions

Dictionnaire des Fantasmes et perversions, de Brenda B. Love (traduction Philippe Olivier) est paru aux éditions de La Musardine. 570 pages, 10,95 €.

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