LE NU, UNE HISTOIRE D’ART

De manière plus ou moins évidente, de nombreux artistes contemporains jouent sur les références à l’Histoire de l’art dans leurs oeuvres. Le nu n’échappe pas à cette tendance ! Ce mois ci, Artsper vous propose de tester votre connaissance des nus dans l’Histoire de l’art… À travers des oeuvres d’art contemporain qui y font directement référence. Saurez-vous reconnaître les tableaux de maîtres qui inspirent les artistes d’aujourd’hui ? 

Manon Couse, le nu kaléidoscopique

Derrière le nu presque kaléidoscopique de la jeune photographe Manon Couse, se trouve une référence à un chef-d’oeuvre de la Renaissance dont on ne connaît pas l’auteur… Il s’agit en effet d’une version très contemporaine du tableau Gabrielle d’Estrées et l’une de ses soeurs, réalisé par un peintre de l’Ecole de Fontainebleau dont le nom n’est pas parvenu jusqu’à nous. Manon Couse en reprend les principaux éléments, caractéristiques physiques et gestuelle, mais en affirme le caractère érotique. En effet, selon l’hypothèse la plus répandue au sujet du tableau d’origine, le geste de la soeur de Gabrielle d’Estrée n’est en rien érotique, mais évoque la naissance d’un futur enfant !

Gabrielle d'Estrées et une de ses sœurs, auteur inconnu de l'École de Fontainebleau, 1594.

Gabrielle d’Estrées et une de ses sœurs, auteur inconnu de l’École de Fontainebleau, 1594.

Franck Doat, la photographie surréaliste

Collection Autrement Voluptée, photographie numérique sur vinyle, 2015. © Franck Doat.

Collection Autrement Voluptée, photographie numérique sur vinyle, 2015. © Franck Doat.

Posture, formes, turban… Vous avez déjà vu la femme sur cette photo de Franck Doat quelque part ? Vous ne rêvez pas ! Cette femme est bien empruntée à un tableau du peintre de génie Jean-Auguste-Dominique Ingres, La baigneuse de Valpinçon (1808). Complètement décontextualisée par Franck Doat, elle fait partie d’un montage photographique surréaliste, avec pour toile de fond le Palais Garnier. Pour l’anecdote, Ingres a lui même utilisé ce modèle et sa pose dans plusieurs de ses oeuvres, ne changeant que de petits détails… On la retrouve par exemple dans La Petite Baigneuse – Intérieur de harem (1828) ou encore dans dans sa célèbre oeuvre Le Bain turc (1862).

La baigneuse de Valpinçon, 1808, Jean-Auguste-Dominique Ingres.

La baigneuse de Valpinçon, 1808, Jean-Auguste-Dominique Ingres.

Katerina Belkina, l’hommage

For Gauguin, Photographie C-print sur Dibond, 2008. © Katerina Belkina.

For Gauguin, Photographie C-print sur Dibond, 2008. © Katerina Belkina.

Ici la référence se fait plus discrète… Toutefois, l’artiste russe Katerina Belkina fait sans l’ombre d’un doute écho à l’oeuvre du peintre Paul Gauguin dans cette photographie contemporaine. Couleurs et pauses résonnent en effet avec les toiles du maître peintes lors de son voyage à Tahiti. Le titre de la photographie de Katerina Belkina, For Gauguin, achève de lever le doute même si là aussi, l’oeuvre contemporaine accentue l’aspect sensuel et érotique. Plus généralement, la démarche artistique de Katerina Belkina est principalement centrée sur l’hommage aux maîtres de la peinture, où elle se met personnellement en scène. For Khalo, For Picasso, ou encore For Malevitch, comptent ainsi parmi ses oeuvres, entre autres.

Deux tahitiennes, Paul Gauguin, 1899.

Deux tahitiennes, Paul Gauguin, 1899.

Catherine Théry, les femmes-poupées

Pic-Nic-Chic_ Clin d'oeil à Manet, photographie numérique sur châssis, Diasec and Dibond, 2015. © Catherine Théry.

Pic-Nic-Chic_ Clin d’oeil à Manet, photographie numérique sur châssis, Diasec and Dibond, 2015. © Catherine Théry.

De son côté, Catherine Théry se sert des chefs-d’oeuvres de l’Histoire de l’art pour revisiter la place de la femme dans la société et dans l’Histoire. Elle y met en scène des poupées Barbies, recréant en miniature des toiles célèbres habitées par ces « femmes-poupées ». Dans la photographie ci-dessus, Catherine Théry recrée ainsi Le déjeuner sur l’herbe d’Edouard Manet. La toile du peintre avait particulièrement choqué lors de sa présentation en 1863, le nu ne répondant dans cette oeuvre à aucun motif allégorique ou mythologique, seuls motifs autorisant à l’époque sa représentation. De plus, la proximité de la femme nue avec deux hommes habillés, et la corbeille de fruits renversée, sont perçues à l’époque comme une composition obscène. Dans sa photographie, Catherine Théry semble récupérer cet aspect suggestif et provocateur, pour mettre en scène une Barbie qui reprend les codes masculins, mais qui semble également assumer une liberté sexuelle totale.

Le déjeuner sur l’herbe, Edouard Manet, 1863.

Le déjeuner sur l’herbe, Edouard Manet, 1863.

Jérôme Mesnager, le combat

La liberté guidant le peuple, acrylique sur bois, 2016. © Jérôme Mesnager.

La liberté guidant le peuple, acrylique sur bois, 2016. © Jérôme Mesnager.

Vous l’aurez reconnu, avec cette oeuvre, le street artiste emblématique Jérôme Mesnager réinterprète La liberté guidant le peuple d’Eugène Delacroix. Sous son pinceau, la femme, allégorie de la liberté dans la toile de Delacroix, se dénude complètement. Elle prend la forme des célèbres « Hommes blancs » caractéristiques de l’oeuvre de l’artiste contemporain. Symboles de lumière, de force et de paix, ces derniers renouvellent parfaitement ce chef-d’oeuvre, qui incarne l’idéal révolutionnaire et le combat pour la liberté, rappelant également que de nos jours, ce combat reste d’actualité.

La liberté guidant le peuple, 1830, Eugène Delacroix.

La liberté guidant le peuple, 1830, Eugène Delacroix.

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