L’épopée G-Shock

Casio G-Shock, l’histoire de la montre culte

Vous vous demandez pourquoi certains quadras portent encore des montres à quartz… ? Lui a trouvé le coupable, Kikuo Ibe, créateur de la Casio G-Shock. Les experts de Passion Horlogère nous racontent l’histoire d’un produit mythique des nineties, qui s’apprête aujourd’hui à se lancer à la conquête de l’espace !

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« Jamais, n’abandonnez jamais ! »

C’est le credo de Kikuo Ibe, l’ingénieur japonais de 64 ans créateur de la Casio G-Shock. L’histoire de la naissance et du développement de cette icône horlogère est très liée à la ténacité de cet homme à mi-chemin entre l’ingénieur de formation qu’il est et l’artiste dont il a le comportement. Car il fallait de l’ingéniosité et une légère dose de folie pour s’attaquer à un tel défi en 1981, à l’époque où la mode était aux montres ultra-plates.

G-Shock Blueprint explotson

Explosion drawing © Casio

Travaillant alors pour la marque Casio comme jeune ingénieur, il a obtenu de se voir confier la réalisation de son rêve : créer une montre qui ne se casse pas, même si elle est jetée par terre. Un dessein qu’il doit à une mésaventure l’ayant personnellement marqué. Le jour où s’est détachée de son poignet et est tombée par terre la montre que lui avait offerte son papa, elle ne résista pas à la chute. Kikuo Ibe fut bouleversé par la perte de cet objet qui avait pour lui une grande valeur sentimentale. Et voilà comment on se jure de remédier un jour à la fragilité des montres de poignet.

La direction de Casio ne pouvait résister à une telle force de conviction et forma l’équipe « Project Team Tough » autour de cet ingénieur hors-normes. Deux ans de travail sans relâche plus tard, plus de 200 prototypes étaient réalisés et avaient subi l’impitoyable test de résistance au choc élaboré par l’ingénieur.

Casio G-Shock M5610

GW-M5610 © Casio

C’est dans le plus grand secret que ses équipes le voyaient s’absenter chaque jour, empruntant l’escalier plutôt que l’ascenseur afin que personne ne sache où il s’arrêtait, et revenir quelques minutes après avec le résultat de son test entre les mains. De son aveu, l’ingénieur avait mesuré que le second étage de l’immeuble du département Recherche et Développement à Hamura se trouvait à 10 mètres du sol, hauteur idéale pour ses tests de résistance aux chocs. De ce fait, il se rendait tous les jours dans les toilettes pour, de la fenêtre, lâcher les prototypes réalisés, puis descendait récupérer le résultat.

Il fallut toute une série d’échecs consécutifs jusqu’à l’idée géniale d’entourer le mécanisme de caoutchouc de la taille d’un ballon pour vérifier qu’il n’y avait plus de casse. Le principe de protection du mécanisme dans la boîte de la montre grâce au caoutchouc était né. Il fut ensuite amélioré pour se décomposer en 5 parties caractérisant la structure des boites G-Shock qui permet la réduction de la taille par rapport au prototype.

atelier g-schock

© Casio

Mais il en faut plus pour accoucher d’une montre authentiquement incassable : lors des tests suivants, il apparaissait qu’il pouvait toujours y avoir de la casse de composants tels que l’écran à cristaux liquides, les cristaux de quartz ou tout autre équipement électronique. Kikuo Ibe, désespéré, songeait à démissionner de son poste —acte dont on connaît la forte valeur symbolique au Japon— quand il eut, à l’occasion d’une promenade, une véritable révélation en la personne de jeunes enfants jouant avec un ballon. À sa structure en 5 parties absorbant les chocs, il songeait à adjoindre une structure de mouvement flottant avec uniquement quelques points de contact. (Une sorte de silentbloc, remarqueront les connaisseurs).

Cette découverte permit des tests couronnés de succès et Casio pouvait lancer la première G-Shock en 1983 : l’année de « Thriller », du projet « Guerre des Étoiles » de Ronald Reagan et de la Peugeot 205… Toute une époque !

Du passé au futur en passant par le présent

Cette montre ultra-résistante aux chocs était utilisée dans un premier temps par des personnes ayant des métiers manuels et difficiles, ce qui explique qu’elle fut très vite déclinée en trois collections Air, Terre et Mer, ayant des fonctionnalités spécifiques. Surtout, la conquête du marché américain dans les années 1990 permit l’adoption de la G-Shock par la culture urbaine et la vit passer du poignet des ouvriers du bâtiment à celui de jeunes gens pratiquant le BMX ou le Skateboard. C’est ainsi que, grâce à ses qualités de résistance et d’étanchéité, G-Shock est devenu un accessoire indispensable symbole de la génération « Y ».

G-Shock DW 69000

DW-69000 © Casio

Mais la conquête de nouveaux horizons ne s’est pas arrêtée là pour notre ingénieur intrépide. En recherche perpétuelle de challenges, il a regroupé son équipe de 8 ingénieurs pour relever un nouveau défi : celui de fabriquer une G-Shock non plus en plastique, mais en métal. Il s’est vu opposer des résistances en interne comme en externe. Pour la majorité de ses collaborateurs une G-Shock ne devait qu’être noire et en plastique, et pour tout un chacun, aucune montre en métal ne pourrait s’avérer aussi résistante qu’une G-Shock d’alors. Rappelons au passage que les Américains, toujours en quête de sensationnel et ne pouvant croire en la résistance de la montre, l’avait soumise à un test des plus éloquents à l’occasion d’une émission TV : déposée au sol, elle avait dû subir le passage d’un camion, ces fameux « Trucks » américains. Un test né d’une association de consommateurs américains qui avait fini d’asseoir la notoriété de G-Shock !

Mais pour le métal, c’était une autre histoire et c’est là que la tradition rejoint l’innovation, quand l’ingénieur associe l’ancestrale maîtrise japonaise des métaux et la technologie la plus moderne. Kikuo Ibe a commencé par s’inspirer du fonctionnement des pare-chocs de voitures. Puis il y a associé les techniques déjà éprouvées et développées, depuis 10 ans alors, pour les G-Shocks traditionnelles. En 1996 naissait donc celle dont on fête aujourd’hui les 20 ans, la MR-G. Une G-Shock tout aussi exclusive mais plus urbaine, et plus « précieuse », que les autres.

Avec cette nouveauté, Casio entrait dans la catégorie dite « Premium » de l’horlogerie. Dès le premier jour de commercialisation MR-G connut une rupture de stock. Et ce n’est pas moins de 13 évolutions qu’a connu la montre en 20 ans d’existence pour aboutir à une série limitée de 300 exemplaires faisant appel à des métiers d’arts traditionnels japonais pour le martelage de la boîte et du bracelet. Un bijou masculin très haut de gamme vendu à plus de 6 000 € pièce, toutes écoulées.

G-Shock MRG 1000

MRG-G1000 © Casio

La G-Shock est devenue de fait un objet de collection à part entière. Cette génération « Y », désormais quadragénaire, a la mémoire longue. Voilà pourquoi, si nous portons parfois des montres de luxe, souvent mécaniques, il n’est pas rare de nous laisser aller à une nostalgie des années 80 et 90. Casio, avec ses montres calculatrices, ses garde-temps quartz dorés et ses G-Shock à toute épreuve, a accompagné nos jours heureux. Mieux encore : avec la gamme Baby-G, nous pouvons transmettre à nos enfants ! Et nous, nous pouvons continuer à entretenir notre mélancolique ou heureuse nostalgie avec ces produits du XXI° siècle, tout droit sortis de l’imaginaire d’un ingénieur / artiste (ou l’inverse).

Mais aussi préparer l’avenir car, avec cet homme-là, nous ne sommes pas au bout de nos surprises… Lors de notre rencontre, il s’est laissé à nous confier son nouveau défi, celui de créer la G-Shock de l’espace. Montre qui aurait des fonctionnalités inédites, pour une utilisation dans des conditions spatio-temporelles tout autres que sur Terre. Laissons-le à ses rêves… puisqu’il est capable de les réaliser !

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