L’aventure de Tin-Tin : L’affaire du Tatoueur de Pigalle

 
Tin-Tin, « tatoueur des célébrités », des vraies. Initiateur du Mondial du Tatouage qui s’ouvre aujourd’hui pour trois jours à la Grande Halle de la Villette à Paris, monsieur charismatique mondialement reconnu par ses pairs, ce personnage singulier pratique le tatouage depuis 30 ans. L’affaire du Tatoo n’a pas toujours été un long fleuve tranquille.

« Aristocrate » de la profession, l’homme au regard bleu acier, mais jamais dur, est une véritable légende dans l’univers très prisé du tatouage. Autodidacte, champion du monde de tango argentin ou prof de plongée aux Caraïbes… les histoires ne manquent pas à son sujet.

« Il y a 6 ans, j’ai tatoué le logo LUI sur l’avant-bras gauche de Marc Jacobs. Crois-moi, il savait très bien ce que signifiait ce titre ».

Mais l’homme, sous son physique patibulaire, est toujours resté aussi dévoué aux souhaits de ses clients. Et s’il est bien sûr un tatoueur « à cheval » sur une éthique sanitaire sévère, il a d’autres arguments soigneusement rangés derrière sa barbe fournie, qui pourraient expliquer sa longévité dans le métier :

« J’ai commencé en 1984 à Berlin, durant mon service militaire. Une époque difficile pour devenir tatoueur. De retour en France, sans référencements, sans magazines ni Internet, il fallait essuyer des années de galère rien que pour trouver du matériel… avec en prime, un coup de pied au cul de la part de tous les tatoueurs en place, même s’il n’en existait qu’un seul dans chaque grande ville, entre 20 et 40. Aujourd’hui, on en dénombre 4 000 environ, avec pignon sur rue. Certainement le triple avec ceux qui bossent dans leur cuisine ou leur garage. J’ai débuté à une époque où… oui, il fallait jouer des coudes. Il fallait être un peu voyou, pour éviter de te faire mettre à l’amende par les autres. En somme, pas le droit d’être un baltringue. »
 

Mondial du Tatouage

Mondial du Tatouage © ADELPO

Tin-Tin est issu des clans à l’ancienne, avec tout le folklore des grandes gueules et des gros bras d’une époque pas si lointaine. Il s’intéresse de près à l’art et le défend, notamment celui, générationnel, des années 1990 au travers du street art, puis des Écoles naissantes. Pourfendeur d’une élite artistique certaine, il plaide pour un statut officiel d’artiste tatoueur ; prescription toujours boudée par quelques bureaucrates incultes :

« Qu’est ce que l’art, et qu’est-ce qu’il n’en est pas ? Ce que je sais, c’est que le tatouage n’est toujours pas reconnu comme Art à part entière, ni socialement ni juridiquement. C’est une des raisons pour laquelle j’ai fondé le Syndicat National des Artistes Tatoueurs, l’État nous refusant ce statut (d’artistes). Selon des règles établies, il est difficile de ‘livrer de l’art tatoué’ ? ! Un exemple : il y a deux ans, Wim Delvoye avait exposé en nature des personnes tatouées au Louvre. Parmi eux, tu trouvais même des cochons, mais que l’artiste n’avait jamais touchés. À ce moment-là, l’État reconnaissait comme œuvre d’art les cochons empaillés et tatoués et non les individus. Une aberration. Tu sais, sur le plan juridique, on nous a opposé beaucoup de choses, mais je ne désespère pas de gagner. »

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