Pierre Hardy : et les shoes colorées furent

Pour les fans de basket haut-de-gamme, Pierre Hardy est avant tout le créateur des Colorama, une paire « anti baskets blanches » issue d’une époque où le streetwear se hissait peu à peu sur les podiums. Quel est cet homme si prolifique, qui créé aussi bien pour les femmes les plus distinguées que pour les fashionistas les plus fous ? Interview et portrait, entre quelques rires, d’un homme humble.

« J’ai toujours voulu m’exprimer, que ce soit par le dessin, la danse ou le théâtre ».

Pierre Hardy, vous êtes danseur, dessinateur… Qu’est-ce qui vous a amené chez Dior ?
Depuis que je suis étudiant, ce qui m’a poussé au dessin, à la danse, au théâtre, c’est la création elle-même. C’est le cœur de mon parcours. J’ai toujours voulu m’exprimer, que ce soit par le dessin ou la danse, qui est un langage, un sport et un art. À l’époque, je dessinais surtout pour des bureaux de tendance, des magazines divers… Je dessinais des vêtements, des sacs, etc.
 

Pierre Hardy chaussures pour femmes

© Pierre Hardy

Jusqu’au jour où une amie m’a dit que, puisque je dessinais bien, je pourrais dessiner une collection complète pour une marque parisienne, qui n’existe plus depuis. Puis, elle est partie travailler chez Dior… et je l’ai suivie. C’est la magie des rencontres !

Vous créez avant tout des chaussures pour femmes : pour quelles raisons ?


Oh, eh bien… Tout simplement parce qu’à l’époque, c’était le marché féminin qui était le plus important. On ne pensait pas vraiment à créer des collections pour homme. Et moi ça m’allait, j’aimais bien.



Aucune volonté de votre part ?


Non pas du tout ! Ça c’est fait comme ça, naturellement.
 

Pierre Hardy et la chaussure colorée

Dessins préparatoires, © Pierre Hardy

Le basculement vers une ligne de chaussures pour hommes, à quel moment se fait-il exactement ?


Et bien c’est un peu tombé de nulle part. J’étais avec Jean-Louis Dumas (PDG de Hermès à l’époque, ndr) et je lui expliquais que j’avais commencé à créer une collection de chaussures pour homme. Ça ne lui plaisait pas beaucoup. Il m’a demandé pourquoi je ne le faisais pas pour Hermès, je lui ai fait remarquer qu’il n’y avait pas de collection homme chez Hermès. Sa réponse ? « Ah mais, tu as raison, on va en faire une » ! Et c’est comme ça que c’est parti. 
Aujourd’hui, ça ne serait plus possible de lancer une collection comme ça, si vite, presque sur un coup de tête. Jean-Louis Dumas est partout là où on ne l’attend pas, il a du génie.

Après la chaussure homme, puis la joaillerie femme, vous fondez votre propre maison, en 1999.
Tout simplement parce qu’à force de dessiner et de créer, on acquiert une sorte de plasticité, et on a de plus en plus d’idées qui viennent. J’avais toujours plus d’envies et de projets de créations personnelles… J’avais besoin de créer des choses qui me ressemblaient. Et puis, c’est en forgeant qu’on devient forgeron !
 

Pierre Hardy en interview

© Sean Thomas

En 2009, la marque est devenue membre du comité Colbert (une association qui regroupe plus de 70 maisons du luxe français et des institutions culturelles et dont le but est de promouvoir le luxe à la française à l’international, ndr). Vous pouvez nous en dire plus ?


(Rires). C’est assez bizarre de devenir le petit cadet, alors qu’on a plutôt l’habitude de se voir comme un sénateur… ! D’abord, je dois dire qu’Élisabeth Ponsolle est formidable. Ça fait un peu pompeux comme titre, secrétaire générale du comité Colbert, et pourtant elle est loin du cliché ! C’est vraiment intéressant pour nous d’être aux côtés de ces grandes maisons, qui n’ont pas les mêmes problématiques que les nôtres – elles sont 100 fois, voire 1 000 fois plus grandes que nous. C’est une ouverture qui est vraiment intéressante. Et puis, sur certains sujets, c’est passionnant pour nous de comprendre la manière dont ces maisons s’adaptent.

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