Je suis Charlie’s angels

Édito de Lui Magazine n°16 (avril 2015)

Dieu est mort. Je suis athée. C’est plus difficile que d’avoir la foi car il n’y a aucun espoir. Après la mort, tout s’arrête, et même la vie n’a pas de signification. Mon nihilisme chic a peut-être fait le lit de la violence. À force de cracher sur le capitalisme absurde, la finance folle, la publicité frustrante, l’individualisme qui est un égoïsme, la consommation qui est une insatisfaction, de défendre la prostitution et la toxicomanie, nous avons peut-être, avec quelques autres plaisantins, contribué à dégoûter la jeunesse de notre pays. Je me suis vautré avec délices et insolence dans la décadence libertaire post-soixante-huitarde jusqu’à en devenir pour certains le symbole le plus putride.

« Je me suis vautré avec délices et insolence dans la décadence libertaire post-soixante-huitarde jusqu’à en devenir pour certains le symbole le plus putride. »

Je me fiche des juifs et des musulmans comme des catholiques et des protestants, des bouddhistes et des hindouistes. Je ne me considère même pas français : je suis un habitant de la planète Terre, indifférent, et qui comptait le rester jusqu’à sa mort. Je ne suis candidat à aucune fatwa car je suis un individu douillet. Je suis un Terrien pacifiste et humaniste sur une Terre de plus en plus hostile et inhumaine.

Michel Houellebecq était l’invité du journal télévisé de David Pujadas la veille de la tuerie de Charlie Hebdo, le 6 janvier 2015 à 20 heures. C’est là qu’il a prononcé la phrase à mon avis la plus importante de l’année : « L’athéisme est difficile à tenir, c’est une position douloureuse. » Je crois qu’il n’y a pas d’autre vie que celle que je suis en train de vivre. C’est douloureux, oui, et cela donne soif de plaisir. L’athéisme aussi peut rendre fou.

Quelle fucking joie de regarder la série Charlie’s Angels quand j’étais petit garçon, avec Farrah Fawcett, Jaclyn Smith et Kate Jackson en maillot de bain. Aujourd’hui j’écris dans un magazine avec des femmes nues sur la couverture et des textes satiriques, arrogants et hédonistes à l’intérieur, financé par des publicités de luxe. Je ne publie pas de caricatures de Mahomet mais des photographies des seins de Virginie Ledoyen par Terry Richardson.

Virginie Ledoyen par Terry Richardson

Je suis Charlie mais surtout : je suis Virginie, Marie, Laetitia, Kate, Gisele, Rihanna, Céline et Florence (les deux dernières ont insisté pour figurer sur cette liste). Je vis au milieu des seins et non des saints. Je souffre car dans mon monde à moi, les femmes ne sont pas voilées, mais nues, infiniment tentatrices. Je vis dans la lancinante civilisation du désir. Mes soixante-dix vierges sont vivantes : elles me narguent durant la Fashion Week. Le paradis est ici et maintenant, mais c’est un enfer sexy. Quelle souffrance permanente que de n’avoir aucun Dieu ni aucun textile pour s’interposer entre mes yeux et la volupté des corps féminins !

Mourir pour une blague ? D’accord, mais de mort lente. Mourir entre les bras des Charlie’s Angels ? D’accord, tout de suite, vite, où et à quelle heure ?

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