Les masculinistes font du ski

Tel Monsieur Jourdain, je viens d’apprendre que j’étais masculiniste sans le savoir. J’adore les mots nouveaux : ils annoncent généralement l’éclosion d’une idée neuve. De même que les féministes défendent les droits des femmes, est masculiniste toute personne qui milite pour les droits des hommes. Par exemple, le droit pour un père de voir son enfant en cas de divorce sans être obligé de monter sur une grue, ou le droit pour un homme qui s’est fait faire un enfant dans le dos de ne pas se faire racketter pendant dix-huit ans par une femme qu’il n’a vue qu’un soir dans sa vie.

« Peut-on être masculiniste et féministe à la fois ? Oui, c’est mon cas. »

Le droit au sexe librement consenti entre adultes sans arrestation par la police, le droit d’admirer des images de femmes nues sans passer pour un pervers malsain, le droit de s’affirmer hétérosexuel sans se faire traiter de beauf, le droit de s’affirmer homosexuel sans se faire traiter de tapette, et aussi le droit de ne pas choisir son camp, le droit de s’en foutre et de coucher avec qui l’on veut sans en faire un programme politique.

Peut-on être masculiniste et féministe à la fois ? Oui, c’est mon cas (féministe libertaire, plus Badinter-Iacub que Vallaud-Belkacem, vous situez ?). Peut-on être masculiniste quand on est une femme ? Oui, de même qu’il y a beaucoup d’hommes féministes, il existe des femmes masculinistes. Celles qui fabriquent ce magazine en font partie car elles ont compris que le monde serait moins amusant si elles ne défendaient pas les derniers ostrogoths en rut qui les sifflent sur les pistes de ski. J’aime cette époque où les filles sont machos et où les garçons deviennent des chipies.

Anecdote authentique : le lendemain du réveillon de Noël, ma fiancée m’a offert une séance de manucure-pédicure aux Fermes de Marie (Megève) tandis qu’elle buvait des gin-tonics au bar de l’hôtel en lisant L’Équipe. Elle est pas belle, la France ? Au même moment, Malgosia Bela dominait, seins nus, la montagne de Courchevel.

LUI004

Et Michael Schumacher chutait à Méribel. La situation est compliquée, et tant mieux : les relations entre hommes et femmes n’ont jamais été aussi passionnantes pour les romanciers et les cinéastes. Le succès du film de Guillaume Gallienne montre bien que la quête de l’identité sexuelle est le sujet du moment. Un garçon peut-il être efféminé sans être gay ? C’est quoi, un mec ? Comment se débrouiller avec ce satané désir d’ensemencer la terre entière ? Peut-on être un homme au masculin sans manger une fondue par semaine? Comment aborder une fille sans passer pour un moniteur de ski ? Et d’ailleurs, est-il honteux de ressembler à un moniteur de ski ? N’y a-t-il pas un G.O. couvert de Piz Buin qui sommeille en tout barbu à doudoune ?!

Au nom de tous les champions de slalom et de toutes les nymphomaniaques castratrices, je vous souhaite un excellent planté du bâton en 2014.

Frédéric Beigbeder est Directeur de la rédaction du magazine Lui et écrivain, auteur de Oona et Salinger, paru aux éditions Grasset.

Dans la même catégorie