La résurrection de Lui

Cet été, à Biarritz, j’ai vu les derniers hommes sur la plage. Des pères qui obéissaient à leurs enfants. C’étaient des Français, des Américains, des Brésiliens, des Allemands, des Chinois et des Russes, tous en T-shirt, bob et bermuda, un panier à l’épaule, pendant que leurs femmes surfaient dans des rouleaux de quatre mètres. Il est prouvé scientifiquement qu’il y a de moins en moins de spermatozoïdes dans nos testicules. Larry Wachowski, le réalisateur de Matrix, se prénomme désormais Lana. Les mecs peuvent épouser des mecs, mais pour se reproduire, mieux vaut être un couple de lesbiennes. Les femmes bossent dans des bureaux, conduisent de grosses bagnoles, se soûlent entre potes dans des bars. Elles ont gagné la guerre. Elles ont voulu échanger notre vie contre la leur : voilà qui est fait. Je m’en fous : Frédérique Beigbeder, ça sonne bien aussi.
 
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L’échange me convient parfaitement. Je vais être très heureux de faire la cuisine, de torcher les gosses, de remplir le lave-vaisselle, de faire les courses au supermarché, si vous me promettez que je n’aurai plus jamais à travailler. Lui, c’est différent : ce n’est pas du travail, c’est la lumière au bout du tunnel. Ma femme ira au boulot avec sa voiture dans les embouteillages, elle engueulera son secrétaire, lui mettra des mains aux fesses, et puis elle rentrera le soir, les enfants seront déjà au lit, je lui aurai préparé une petite blanquette de veau, je lui fournirai son petit orgasme par cunnilingus, et elle s’endormira, repue et satisfaite, pour se réveiller tôt le lendemain matin en écoutant France Info. Et moi, à ce moment-là, discrètement, mine de rien, dans mon coin, je lirai Lui.

Le retour de Lui, c’est le plaisir d’un dernier tour de piste, c’est un baroud d’honneur en souvenir de ce dinosaure nommé le Mec

Je vous le dis franchement : j’ai hâte d’être un père au foyer, un homme entretenu, un ménager de moins de 50 ans. Lui est ma dernière tentative pour rester vaguement masculin, entouré de femmes nues sur papier glacé et d’une rédaction composée de journalistes du sexe autrefois naïvement désigné comme faible. Le retour de Lui, c’est le plaisir d’un dernier tour de piste, c’est un baroud d’honneur en souvenir de ce dinosaure nommé le Mec, celui qui draguait lourdement, qui buvait trop, qui conduisait vite, qui tombait amoureux en parlant fort de politique et en faisant des moulinets avec ses petits bras musclés. Certains l’appelaient 
« macho », d’autres disent « néo-beauf », mais le surnom qui lui va le mieux est « connard d’hétérosexuel ». Les sociologues l’ont baptisé « mâle hédoniste post-soixante-huitard », sauf Marcela Iacub qui l’a surnommé « cochon » pour aller plus vite. On aurait aussi pu dire « Français », si cela ne risquait pas de créer un sordide malentendu avec des personnes nationalistes. Ce mammifère viril et romantique, obsédé par les femmes et ami des gays, insupportable et sexy, luxueux et paysan, festif et littéraire, c’est à lui (et à ses quelques admiratrices incurables) que ce magazine est dédié.

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