Happy birthday to Lui

Un an déjà ! À la rédaction de Lui, nous savions que nous avions tous un an d’âge mental, il est réjouissant que désormais ce soit aussi notre âge physique. En septembre 2013, quand nous avons relancé Lui en pleine crise de la presse magazine, j’écrivais dans le numéro 1 un édito vengeur sur la condition masculine. Je me suis beaucoup amusé en le relisant : quel tissu d’âneries ! En gros, je proclamais la mort de l’homme, cette créature dépassée, « ce dinosaure en voie d’extinction », etc. Le succès de ce journal – une anomalie, une incongruité, pourquoi ne pas s’en vanter quand, pour une fois, on fait quelque chose d’exceptionnel – montre que le cadavre de l’homme bouge encore.

Voilà comment un journal de femmes nues est devenu un manifeste pour une masculinité féminine à tendance libertaire.

Je me trompais sur un point : l’hétérosexuel n’est pas obligatoirement un connard ou un beauf. Il peut lui arriver d’avoir un cerveau qui comprenne les femmes, notamment celles qui font ce magazine. Les femmes ne sont pas notre ennemi puisque nous voulons coucher avec elles en permanence, et qu’il nous arrive même, parfois, d’en aimer une. Il faut protéger l’attirance mystérieuse de certains mecs pour le sexe opposé. Je précise d’emblée qu’un hétérosexuel digne de ce nom doit toujours respecter les hommes qui font le choix, bien plus cohérent intellectuellement, de coucher avec les seules personnes qui peuvent les comprendre, c’est-à-dire les individus du même sexe.

Simplement, il existe des hommes qui n’y arrivent pas, et ces pauvres hères méritent également le respect. Le féminisme, qui est nécessaire à l’évolution logique de notre monde, doit tenir compte de la possibilité de l’hétérosexuel, s’il ne veut pas tuer son désir fragile. Voilà comment un journal de femmes nues est devenu un manifeste pour une masculinité féminine à tendance libertaire. C’est impossible ? Lui l’a fait : dialoguer avec les Femen, faire poser Léa Seydoux, Rihanna, Kate Moss, Gisele Bündchen sans vulgarité, se battre pour la défense d’un érotisme sans machisme, parce que nous pensons sincèrement qu’une photographie d’Edita Vilkeviciute les bras levés milite pour la réconciliation des deux sexes.
 
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C’est quoi, un homme ? demandais-je il y a un an. Je ne connais bien sûr pas la réponse, mais Roland Barthes me la fournit, dans Fragments d’un discours amoureux : « L’amoureux est un enfant qui bande. » Laissons les lecteurs de Lui revendiquer fièrement leur condition d’enfants en érection et la société se portera mieux. Rendons hommage à ce trouble qui saisit les garçons de tous les âges devant un morceau d’épaule bronzée – avec la marque du maillot soulignant la frontière interdite –, la joie des cheveux décoiffés, le bonheur d’un pied nu sorti de nulle part, le cadeau d’une nuque venue d’ailleurs. La femme est un extraterrestre et nous sommes ses capitaines Kirk, conquérants des planètes lointaines. Happy Birthday to Lui, et merci à vous qui, comme Tertullien, y avez cru parce que c’était absurde.

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