Silence, on boucle !

L’Édito de Lui n°20 (septembre 2015)

Un magazine est comme un film : il y a toute une équipe qui transpire mais on doit cacher sa sueur. Le résultat doit faire sourire, si possible émouvoir, parfois informer ou agacer. Il faut créer une ambiance propice à l’éclosion de la beauté. Cette phrase ne veut rien dire, alors exprimons la chose autrement : la panique ne doit pas se voir. Finalement il n’y a pas trop de différences entre le journalisme et le cinéma.

On regarde la réalité, on choisit des images, on écrit des textes et on fait mine de savoir ce qu’on fait. On raconte des histoires vraies ou fausses… Dans un film, le sommaire s’appelle le « montage », et le bouclage est baptisé « tournage ». Dans un magazine, les prises de vue se nomment « photoshoot ». Quelqu’un qui va voir un film est un « spectateur », quelqu’un qui lit un magazine est un « lecteur ». Les mots changent mais le geste est le même : proposer un objet divertissant, provocateur, esthétique ou politique, qui fasse oublier un instant aux humains qu’ils s’ennuient.

Couv Lui 20 Candice

Pour fabriquer un journal ou un long-métrage, certains sont prêts à vendre père et mère, voire pire : gâcher leurs vacances. C’est mon cas, parce que j’estime que travailler à plusieurs est infiniment plus amusant que se gratter la tête tout seul dans son coin. Pour cette nouvelle rentrée littéraire, saluons les romanciers, ces êtres qui ont le courage de ne compter sur personne. Un homme comme Martin Amis, il faut l’admirer comme un panda, parce que bientôt il n’y en aura plus. La vie sans les pandas est parfaitement possible, il est presque certain que l’humanité survivra à la disparition de cette espèce bizarre aux yeux cernés.

C’est ce que j’aime tant dans les films comme dans les magazines : ce sont deux modes d’expression qui autorisent un groupe de passionnés à s’intéresser à toutes sortes d’espèces bizarres aux yeux cernés.

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