Mauvais genre

Édito de Lui Magazine n°17 (mai 2015)

Le 10 avril dernier, on m’a proposé d’être l’invité d’honneur du festival « Le Livre à Metz ». J’ai demandé aux organisateurs pourquoi ils n’avaient pas appelé David Foenkinos comme tout le monde. Ils m’ont répondu : « Le thème de cette année est : mauvais genre. » Je ne savais pas trop comment il fallait le prendre. D’un côté, je me réjouis de porter cette étiquette de bad boy. De l’autre, j’ai le sentiment d’usurper ce titre. Prenons un exemple concret : je ne comprends toujours pas pourquoi notre couverture du mois dernier a fait scandale. Virginie Ledoyen y posait nue devant l’objectif de Terry Richardson, tenant une chatte entre ses mains. Si ceci est le comble de la provocation, Serge Gainsbourg et Salvador Dalí doivent bien se gondoler dans leur tombe. La situation actuelle est effrayante : dans notre époque atrocement conformiste, la moindre plaisanterie potache devient l’ultime forme de subversion.

« Dans notre époque atrocement conformiste, la moindre plaisanterie potache devient l’ultime forme de subversion. »

Les organisateurs du « Livre à Metz » ont sans doute cherché à joindre avant moi Cabu et Wolinski, mais il n’y avait personne au bout du fil. C’est la seule explication plausible au grand honneur qu’ils m’ont fait et dont je me vante (un peu trop) ici même.

La peur fait faire n’importe quoi. C’est comme la timidité qui rend excentrique 
et fait monter sur les tréteaux. Un type effrayé est capable de toutes les folies. Je suis un pétochard qui skie tout droit vers la pente, qui va au-devant de sa trouille, un bon chic bon genre qui s’encanaille parce qu’il sent que son style de vie est menacé. Je suis un timide qui aime choquer en rougissant. Je ne voudrais pas crever comme d’autres patrons de presse plus courageux que moi, mais — je ne peux pas faire autrement, c’est physique — j’ai toujours envie d’emmerder ceux qui prétendent régenter ma vie. Ce magazine fonctionne comme une classe d’élèves turbulents, gardés par un pion irresponsable qui est sorti fumer une clope dans la cour du lycée.

Une Lui 17 Camille Rowe

Au fond, début janvier, on a découvert que les blagueurs sont les personnes qui dérangent le plus aujourd’hui. Ils ne sont pas dangereux, pourtant ils sont en danger. Résolutions pour le mois de mai 2015 : continuer de me moquer de moi-même quand je suis attaqué. Rester à la fois marié et obsédé. Résister à la tentation du cocooning (le mot anglais pour dire « prison ») mais accepter tout de même d’être heureux autant que possible. Donner la parole à Nabilla Benattia mais la couverture à Camille Rowe. Et surtout cultiver le « mauvais genre » et les blagues pourries qui énervent les abrutis.

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