Acclamons la parole de Rihanna

Comme tout le monde, j’ai découvert Mlle Rihanna en 2007 avec sa chanson « Parapluie ». 
Il s’agit bien sûr d’un hommage direct à Chantons sous la pluie de Gene Kelly et Stanley Donen (1952) : « Tu peux t’abriter sous mon parapluie, lui, lui, hé, hé. » Je me souviens que j’étais dans une boîte russe, le clip était projeté sur tous les murs, elle dansait sous la pluie et tout le monde reprenait en chœur : « Sous mon parapluie, lui, lui, hé, hé. » Cela me donna l’idée de reprendre le magazine du même nom. La même année, le premier tube mondial de l’artiste barbadienne, « S’il te plaît n’arrête pas la musique », était parsemé d’allusions au fameux « Esprit Makossa » du saxophoniste camerounais Manu Dibango –  »Mamase, Mamasa, Mamakossa ».

Rarement a-t-on vu chez un artiste musical de cette envergure une dénonciation aussi violente des turpitudes du mode de vie occidental.

Le premier message de Mlle Rihanna, dès ses débuts, est donc limpide : respecte tes aïeuls, l’art ne tombe pas de nulle part ; il s’agit d’entremêler les comédies musicales de Broadway avec les rythmiques africaines ancestrales. L’autre message de Mlle Rihanna est plus politique : en 2011, son plus grand titre électro est un hymne à la réconciliation sociale dans les quartiers difficiles. Assise dans une baignoire sale avec un jeune toxicomane, dans une banlieue probablement défavorisée, la chanteuse scandait cette antienne : « Nous avons trouvé l’amour dans un endroit désespéré. »

Le clip de « Nous avons trouvé l’amour » raconte une rencontre passionnelle entre une demoiselle nue et un dealer aux cheveux décolorés. On les voit danser, s’embrasser, jouer avec des feux d’artifice, conduire une voiture à toute vitesse – citation directe de La Fureur de vivre de Nicholas Ray (à ne pas confondre avec notre collaborateur Nicolas Rey, qui vit toujours, lui). Ils fument, boivent et gobent des gélules bizarres qui font se dilater leurs pupilles, volent dans une supérette, se disputent sur un parking, le garçon lui tatoue le mot « Mienne » sur la fesse gauche, puis Mlle Rihanna vomit et elle finit par quitter le jeune homme qui reste allongé sur le sol de sa chambre dévastée. Rarement a-t-on vu chez un artiste musical de cette envergure une dénonciation aussi violente des turpitudes du mode de vie occidental.
 
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D’autres chansons, tout aussi morales, ont suivi, parmi lesquelles on notera « J’adore ta façon de mentir »– aphorisme qui n’aurait pas déplu à Louise de Vilmorin–, une protest song féministe, « Fais-moi sentir que je suis la seule fille au monde », et le métaphysique « Nous sommes beaux comme des diamants dans le ciel ». Ce n’est pas parce qu’à 26 ans Mlle Robyn Rihanna Fenty est la plus grande pop star trash et sexy du monde actuel que nous lui avons demandé 
de poser sur notre couverture, mais parce que nous tenions à saluer son engagement clair en faveur de la défense des valeurs traditionnelles qui, seules, permettront de sauvegarder notre civilisation en danger.

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