Le monde est bizzare

« Ce matin, la France a déclaré la guerre à la Russie. » Imaginez la tête qu’on ferait si on lisait cette phrase à la une des quotidiens. Adieu la fashion week, place au death month. Au lieu de jouer à World of Warcraft, la génération geek irait s’entraîner à tirer des missiles nucléaires réels sur des civils vivants. Il y aurait quelque chose d’effrayant et d’excitant dans l’air. Des millions de jeunes Français auraient une occupation nouvelle : tuer des gens à l’est de l’Europe, c’est plus amusant que de remplir un formulaire administratif pour toucher le RSA. Je suis sûr qu’ils seraient nombreux à vouloir se sacrifier pour la démocratie. Le soir, entre deux bombardements, ils pourraient organiser une grosse teuf sur la plage de Kazantip, en solidarité avec la république festive menacée… et la journée, ils porteraient des gilets pare-balles dessinés sur mesure par Hedi Slimane pour Saint Laurent.

Après le printemps arabe de 2010, pourquoi pas un printemps de l’Est en 2014 ?

Pardonnez cet humour macabre. Je ne sais pas très bien à quoi sert un édito. Si c’est pour répéter ce qui figure dans le sommaire, je n’en vois pas l’utilité. Alors aujourd’hui j’écris ce qui me passe par la tête, d’accord ? Au moment où je tape ce texte sur mon ordinateur, l’Ukraine est envahie par la Russie. Comme ami et admirateur de ces deux pays (leur histoire, leur littérature, leurs jolies filles avec des prénoms terminant en a), je me trouve coupé en deux. La vérité est que nous n’avons pas à choisir. Un nombre croissant de Russes est opposé à Poutine. Ils soutiennent le changement démocratique en Ukraine.

Pour moi, la Russie comme l’Ukraine font partie de l’Europe, et ce sont nos chefs d’État qui sont en retard. Une fois de plus, comme au temps où les États-Unis étaient dirigés par George W. Bush, des peuples ont honte de leurs dirigeants. Cela arrive en France aussi, mais en France la critique du pouvoir est autorisée (c’est même un sport national). Je prie pour que personne ne tire sur personne. Mais si cela se produisait – comme quand les policiers ukrainiens ont flingué les révoltés de Maïdan –, il est évident que Vladimir Poutine y risquerait son job.
 
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Les Russes aussi aiment les révolutions, il leur manque un prétexte, une étincelle, il pourrait bien la leur fournir. Après le printemps arabe de 2010, pourquoi pas un printemps de l’Est en 2014 ? Cet appel à la révolution est la preuve ultime que le magazine Lui n’est pas un journal de luxe superficiel et sexy. C’est un journal de luxe superficiel et sexy mais avec une conscience politique. Ouille, la vache ! Maman, je me suis cassé un ongle en tapant ma dernière phrase !

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