Jeux vidéo de guerre : bienvenue dans l’âge adulte

« La guerre ne meurt jamais », affirme depuis bientôt 20 ans l’introduction du jeu vidéo post-apocalyptique Fallout, et clament les joueurs, assurant toujours autant de succès aux jeux qui limitent le choix au cornélien tuer, ou être tué. Cette semaine, le tout frais, tout nouveau Battlefield Hardline s’installait tranquillement en tête des ventes françaises, après le Royaume-Uni.

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Mais on ignore souvent que ce style de jeu vidéo, qui concentre les critiques moralisatrices des papys ronchons en tous genres comme celles, plus réfléchies, des esthètes de la manette, sait lui aussi se réinventer, développer ses propres styles, héberger ses pépites et se renouveler.

brève histoire du jeu vidéo de guerre

Depuis 1999 et le succès massif de Medal Of Honor, sorti sur Playstation et où, manette en main, le joueur affrontait des hordes de soldats allemands afin de détruire des objectifs précis ou de dérober de précieux documents, les licences rivales se sont multipliées. Elles eurent toutes comme point commun la référence à des conflits armés réels, qu’elles tentèrent de reproduire avec plus ou moins de fidélité.
La liste est longue, très longue même, mais l’on retiendra surtout des jeux qui ne faisaient pas dans la finesse avec des réalisations toujours plus vraisemblables, des mises en scènes toujours plus osées, une violence toujours plus présente : Brother in Arms, Call of Duty, Soldier of Fortune
 

 
Sans compter les simulations navales, aériennes ou tactiques qui viennent sans cesse enrichir l’offre de titres transformant l’horreur en jeu, en divertissement.
Chez le développeur DICE, papa de la série Battlefield, on affirmait même en 2013, par la voix de Patrick Bach (producteur exécutif), que le genre n’était « pas saturé » ; BF III et IV dépassent d’ailleurs maintenant les 25 millions d’unités vendues en cumulé sur la planète, tous supports confondus.

Et si la lassitude gagne les aficionados, eh bien on conserve la même recette et on change juste l’habillage puisque le Battlefield Hardline met en scène l’opposition entre forces de police et membres du grand banditisme dans des environnements citadins. La guérilla urbaine remplace bel et bien le champ de bataille traditionnel, ce que l’actualité semble d’ailleurs démontrer et, sous couvert de fun, le joueur y devient le protagoniste virtuel d’une nouvelle forme de guerre.
 

 

Jouer à la guerre autrement ? Le choix de la maturité fait de plus en plus d’adeptes.

Pourtant certains studios et développeurs tentent de proposer des visions radicalement différentes de ce qu’est la guerre. Certains assument une approche de plus en plus humaniste, tandis que d’autres essayent tout simplement de procurer des sensations ou des réflexions inédites chez les gamers lorsqu’ils jouent les soldat de pixels.

Voici les plus audacieux de ces jeux de guerre qui ont tenté de faire naître chez le joueur des interrogations, des émotions, une réflexion, sur les conflits armés et ce qu’ils apportent en terme de terreur, de destruction, d’horreurs multiples.

2008, HAZE, Free Radical Design (PS3), env. 900 000 copies écoulées

Les créateurs de TimeSplitters (un jeu de tir dans un univers cartoon et plutôt science-fiction) tentent de créer un jeu différent des autres dans son approche même des conflits modernes. On y incarne un soldat-mercenaire, drogué au « Nectar », qui sombre dans la barbarie et la folie au fur et à mesure que l’aventure avance. Le titre, distribué à l’époque par Ubisoft, essaye de parler des multinationales pour qui les bénéfices pécuniaires peuvent légitimer une guerre. Il tente également de faire rentrer le joueur dans la peau d’un soldat manipulé, devenu le pion d’hommes peu scrupuleux gravitant dans les sphères de l’armement, de la pharmaceutique, de l’extraction de pétrole.
 

 
Une approche intéressante qui fut malheureusement plombée par une réalisation bâclée, mais surtout une critique pas assez marquée du système économique qui se nourrit des conflits. Au final le jeu fut un échec commercial et ludique au point d’être le principal responsable de la faillite du studio en 2009.
 

2009, Six Days in Fallujah, Atomic Games (non paru)

Dès sa présentation, ce jeu qui souhaitait d’après son éditeur (Konami) « proposer une aventure divertissante mêlée à un côté documentaire », s’est retrouvé sous le feu des critiques. Impossible, d’après les familles de soldats, de s’amuser en recréant un des pires massacres de civils jamais vu pendant un conflit moderne (la deuxième guerre d’Irak). De nombreuses associations dénonceront également un projet scabreux, qui pourrait nourrir la rancœur et la haine.
 

 
Si les développeurs souhaitaient amener le joueur à réfléchir aux conséquences de la guerre et aux atrocités qu’elle provoque, ils n’auront pas pu aller jusqu’au bout de leur projet. En effet, Konami, suite à de trop nombreuses polémiques, préfère tout annuler et mettre le jeu au placard.
 

2012, Spec-Ops : The Line, Yager (PC, PS3, XB360), env. 770 000 copies écoulées

Distribué par 2K Games, Spec-Ops est un TPS (third person shooter, jeu de tir à la troisième personne) qui a fait parler de lui, en bien. Si le contexte est classique pour une création dont le sujet est la guerre, il n’empêche que ses concepteurs ont tout fait pour rendre l’expérience aussi dérangeante que possible. Le titre est souvent cruel, noir, et pousse le joueur à se confronter à des situations plus que dérangeantes. Le thème de la folie y est abordé sous de multiples angles, tout comme celui de la détresse, de la barbarie qui n’a pas de visage, et de la manipulation.
 

 
Au final, ce périple militaire dans une ville de Dubaï complètement défigurée réussit son pari : faire un jeu intelligent sur la guerre moderne, soulevant moult interrogations dans l’esprit des joueurs, tout en y alliant une technique solide et un gameplay irréprochable.

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