Rencontre avec Marie Gillain : « Lorsque je rentre dans ma loge et que je me prépare en tigresse… »

Lui a rencontré Marie Gillain, impressionnante maîtresse sadomasochiste dans sa dernière pièce de théâtre… Questions et réponses sur les zones troubles de la sexualité.

Marie Gillain, exquise Vénus à la fourrure, enflamme les planches, mais aussi le public du théâtre Tristan Bernard.

Douze ans que nous n’avions pas vu Marie Gillain sur scène. Jérémie Lippman l’a choisie pour le rôle fort de Wanda dans La Vénus à la fourrure, adaptation du livre culte de Sacher-Masoch, au côté du talentueux Nicolas Briançon. La comédienne excelle dans ce rôle, qui en porte en réalité trois en un. C’est avec exubérance et passion qu’elle incarne tour à tour une actrice « loseuse » et libertine, une aristocrate à tendance dominatrice et une Vénus féministe et castratrice. Afin de donner quelque chose de fort au public, l’actrice n’hésite pas à se mettre à nu sur scène, au sens propre comme au figuré…
Interview en loge, juste après sa prestation.

LUI. On ne vous a pas vu sur les planches depuis 12 ans. Qu’est-ce qui vous a poussée à y remonter ?
Marie Gillain.
C’est le projet de cette pièce monument, un ovni dans le paysage du théâtre contemporain, qui m’a poussée à remonter sur scène. Elle pose de vraies questions sur l’âme humaine. Le personnage de Wanda est extraordinairement riche. Elle est à la fois drôle, cruelle et attachante.

La Vénus à la fourrure est votre troisième expérience théâtrale. Vous préférez le cinéma ?
J’ai voulu devenir actrice pour monter sur les planches. J’ai commencé par hasard par le cinéma. Les films se sont ensuite enchaînés. Après mon expérience intense sur les planches dans Hystéria de Terry Johnson, dirigée par John Malkovich, je voulais remonter sur scène mais je rêvais d’un personnage à la fois drôle, acerbe, femme jusqu’au bout des ongles et délirant. Il fallait que la pièce soit à la fois trash et rock’n’roll, ce qui est le cas de La Vénus à la fourrure.

Dans Hystéria justement vous étiez également à un moment nue sur scène. Vous pensez être abonnée aux rôles « chauds » ?
Dans la pièce de John Malkovich, j’interprétais le rôle d’une femme-enfant hystérique. La nudité avait un rapport différent avec ce qu’elle est dans La Vénus à la fourrure, soit une arme de choc. Je veux donner quelque chose de fort au public, c’est pour ça que je n’hésite pas à me déshabiller, si j’estime cela important.
 

Marie Gillain dans La vénus à la fourrure

© Fabienne Rappeneau

 

Connaissiez-vous le roman érotique allemand de Sacher-Masoch, dont est tirée la pièce, paru en 1870 ?
Non, je l’ai découvert avec la pièce. Il m’a énormément nourri dans ma préparation. Ce livre retrace les débuts du sadomasochisme. C’est un jeu intellectuel avant d’être sexuel. Il y a rarement un passage à l’acte. Il y a une mise en scène selon un thème choisi, mais l’excitation suprême vient du fait qu’il n’y a pas de consommation. En fin de compte, le sadomasochisme, c’est du théâtre dans un cadre défini par des règles et des limites.

Qu’est-ce qui vous a plu dans ce rôle de maîtresse sadomasochiste ?
J’ai aimé toute la construction de ce personnage. Il s’agit d’une actrice dans tout ce qu’elle a de pathétique. Paradoxalement c’est un personnage fort, car elle se fiche totalement de ce qu’on peut penser d’elle. Elle veut le rôle, mais elle est tellement intelligente, joueuse et maligne qu’elle va complètement embobiner le réalisateur et tisser sa toile d’araignée autour de lui. Avec Jérémie Lippman, nous nous racontons que c’est une sorte de Vénus envoyée par Dieu pour punir un mâle machiste. Elle arrive très sûre d’elle et ne s’attend pas à tomber sur un adversaire aussi joueur qu’elle. La pièce va ainsi se dérouler comme un affrontement entre deux Titans.

Est-ce difficile d’incarner un personnage aussi libertin tous les soirs sur scène ?
La première fois que j’ai passé mon costume de répétition, un corset et des porte-jarretelles, je n’étais pas très fière. Il a fallu que j’aille chercher cette femme dominante au fond de moi. Cela a pris du temps à mûrir. J’ai réussi à la trouver grâce à la confiance que m’ont accordée Jérémie et Nicolas Briançon. Mais je ne vous cache pas que lorsque je rentre dans ma loge et que je me prépare en tigresse, il y a une phase de réajustement.

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