L’homme qui créait du champagne

Brimoncourt a le champagne joyeux

Il existe un intermédiaire entre le dandy fantasque des années 20 et le lord écossais philosophant au coin du feu. Il s’appelle Alexandre Cornot, et, en toute simplicité, vient de créer sa propre marque de champagne.

Comment, à tout juste 40 ans, peut-on se lancer dans une telle entreprise ? Le magazine de l’homme moderne a rencontré le fondateur des tout nouveaux champagne Brimoncourt. Parce qu’on aime l’audace, l’élégance… Et tout ce qui pétille. Rencontre.

« Et puis peut-être que, par les temps qui courent, nous en avons besoin, de cet esprit de légèreté et de fête. »

Comment créer du champagne

« Travail, volonté, innovation » sont les trois premières valeurs que revendique Alexandre Cornot, né à Reims dans une famille mêlant militaires et artistes, ex notaire, ex acheteur et vendeur d’art, ex imprimeur et désormais créateur de joie. « Nous avons voulu revenir à la tradition du Champagne : un vin de fête, un vin convivial », explique ce garçon dans la force de l’âge en veste « british » verte à grands carreaux rouge et moustache rousse à l’anglaise en pointes sur les côtés. Et, disons-le tout net : c’est réussi.
 
Nous avons goûté –avec modération, c’est ainsi que l’alcool se consomme le mieux- aux trois cuvées Brimoncourt : Régence, Blanc de blancs et rosé, et la promesse est tenue. Idéal pour l’apéritif et le beau temps, le Brimoncourt est soyeux, et se savoure tranquillement. Snobisme déconseillé ! Et son « Régence » met vite en joie, il faut le reconnaître.

Nicolas Arnoult, "Le rentier ivre", XVII° Siècle. B.N., domaine public.

Nicolas Arnoult, Le rentier ivre, XVII° Siècle. B.N., domaine public.

Bref, sous la Régence, on travaille, bien sûr, mais on s’amuse, aussi.

« Régence, le nom de notre première cuvée, n’est pas dû au hasard », tient à faire comprendre le PDG de Brimoncourt. C’est en effet durant cette période particulière de l’histoire française que s’épanouit à la Cour le roi des alcools. En 1715, à la mort de Louis XIV, son héritier, le futur Louis XV, n’est âgé que de cinq ans. C’est donc une époque où, certes, la continuité de l’état (et de la monarchie) est assurée, par la régence justement, mais aussi caractérisée par un appel d’air, une autorité qui n’est pas aussi claire, ou affirmée, que sous le règne du Roi Soleil. Le champagne existe depuis un petit moment, mais c’est alors qu’il s’épanouit à la cour, dans un certain esprit d’amusement, de fêtes, d’incertitudes vague, sans doute aussi –les idées libérales commencent à germer, semées par Montaigne et cultivées par Fontenelle.
 
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« C’est ce champagne-ci que nous voulons, celui de la fête, de la légèreté, un vin qui ne soit pas intimidant, qu’on boit pour le plaisir pur et non pas dans la solennité. La solennité, c’est très bien. L’insouciance aussi. » Vaste programme ! « La Régence est comme un printemps, un souffle », précise Alexandre, au vocabulaire étudié et toujours impeccable. Nous avons pu goûter, avec modération bien sûr, ainsi que nous vous encourageons à les consommer, aux trois cuvées du Brimoncourt et, vraiment, le pari est tenu. On ne vous en parlerait pas sinon !

« Qui corresponde au véritable essor du champagne à la Cour », ajoute-t-il. « Brimoncourt est une maison jeune, mais paradoxalement une des plus traditionnelles, qui fait écho directement à ce moment qui est la véritable naissance du champagne. C’est alors un vin de fête, de plaisir, qui ouvre l’esprit et fait pétiller les yeux des femmes. On voulait revenir à ça, non pas aux perruques poudrées, mais à cet esprit, nous voulions faire quelque chose de joyeux… ». « La dominante de Chardonnay lui offre un nez délicat, subtil et très élégant », précise Dominique Laporte, meilleur Sommelier de France, « il révèle des arômes de fleurs blanches et de notes fruitées charmeuses apportées par le cépage Pinot Noir, la minéralité s’affirme, lui conférant de la distinction et de la noblesse. L’aération développe des effluves de brioche et d’agrumes, grâce à un ajout de vins de réserve qui donnent de la complexité au vin. »

L’homme derrière Brimoncourt

Désireux, semble-t-il, de donner toutes ses chances à son bébé, il se prête volontiers au jeu de l’interview, mais s’excuse dès qu’il verse dans le récit personnel –ce qu’on lui demande, pourtant ! Comme bien des histoires vraies, celle d’Alexandre Cornot mériterait un bouquin, bien que l’homme, affable et clairement amoureux de la vie, ne souhaite guère verser dans l’introspection.

« Enfin, je ne veux pas dire que… Non pas que… Je ne dis pas que… » sont autant de formules lancées dans un rire timide qui émaille le récit de ses années de droit à Assas (« huit années, d’étude, je n’étais pas le plus virulent des étudiants »), qu’il conclut par une double maîtrise de droit des affaires et de droit fiscal, son temps passé à conseiller des hommes d’affaires « passionnants » dans une « grosse étude notariale, où mon travail était toujours renouvelé, mais où, aussi, à un moment je me suis demandé : est-ce que je vais faire ça toute ma vie ? ». Il en est là, quand un de ses clients, découvrant son intérêt pour l’art, lui propose un stage dans sa maison de commissaire priseur. Le jeune notaire aimait certes l’art mais n’aurait peut-être pas tout plaqué pour un simple stage dans ce nouvel univers… S’il n’avait appris que le stage en question se passerait à… New York.
 
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« Quand j’ai changé de métier, j’ai beaucoup entendu : ah, j’aurais adoré faire ça, mais moi je ne peux pas… Ah bon ! ? Parce que moi, je pouvais ?? »

« C’était un stage très « café-photocopies », donc assez rapidement, je n’ai eu aucun scrupule à quitter le travail le vendredi, à revenir le mardi, il y avait beaucoup de monde et tout cela passait plutôt inaperçu, surtout que, quand j’étais présent, je travaillais, je fournissais ce qu’on me demandait —et aux États-Unis, dans mon expérience en tout cas, on ne demande pas tant de la présence que des résultats. Je me suis beaucoup baladé. Je me suis fait des amis. J’ai bu des cocktails. Et je remarquais que… En France, dans les boutiques, le vin est classé par régions, châteaux, cuvées… Il y a six côtes du Rhône, trente Bordeaux et autant de Bourgogne, chez le caviste du coin… Aux États-Unis, le vin français n’était, en tant que tel, qu’un vin parmi tous les autres, chiliens, californiens, australiens, sud-africains. »

Il est vrai qu’en France, on grandit dans la culture du vin, on connaît des domaines, et on hésite, par exemple, entre un Saint-Joseph ou un Mille-secousses. Aux États-Unis on commande un Chardonnay, un Syrah, un Pinot Noir… Point barre. « Il y a un besoin de simplicité, insiste Alexandre –bien normal, car maîtriser le vin, quand ce n’est pas dans la culture, c’est bien un métier à part entière ! Et, sans pour autant penser à créer ma marque j’ai… Je remarquais ça. »

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