Gomorra : le réalisateur passe à table

Vous connaissez la Mafia, mais il faut aussi compter avec la Camorra, sa déclinaison napolitaine, étudiée en détail par le journaliste Roberto Saviano dans son best-seller Gomorra (2007). Après son adaptation en film par le cinéaste Matteo Garrone en 2008, c’est au tour de la télévision de s’y attaquer avec Gomorra, la série, diffusée sur Canal Plus à partir de ce soir. Lui a vu la série… Et rencontré son réalisateur, Stefano Sollima.
 

 

The Wire rencontre Le Parrain.

En douze épisodes, Gomorra retrace les luttes de pouvoirs intestines et extérieures, entre vieille et nouvelle garde, les enjeux de territoires pour le trafic de cocaïne et comment cette criminalité fait partie du paysage. Derrière la caméra de cette fresque criminelle : Stefano Sollima, que nous avions rencontré au Festival Séries Mania en avril 2014, où les deux premiers épisodes étaient projetés en avant-première. Sollima s’était déjà chargé de Romanzo Criminale (2008-2010), série criminelle elle aussi adaptée d’un livre et passée au cinéma en 2005 sous l’égide de Michele Placido. On y suivait les virées meurtrières d’un gang romain à la fin des années 80.

Gomorra, lui, est plus proche du documentaire, sans sacrifier au spectaculaire, un peu comme si The Wire rencontrait Le Parrain. Les mêmes tragédies familiales, mais avec un dialecte napolitain épais et une plongée dans les HLM du cru, caméra à l’épaule. Il est rafraîchissant de voir les Italiens se ré-approprier un genre tout de même né chez eux mais annexé aux États-Unis par Scorsese, Coppola, Les Sopranos ou Boardwalk Empire. Alors, contrairement à Saviano, menacé par la Camorra et constamment protégé par la police, Sollima ne risque rien car ses mafieux sont fictifs, mais ils ont un parfum avéré de soufre. Et ce n’est pas à cause du Vésuve en arrière-plan.
 

Gomorra, la série

© Emanuela Scarpa / Sky Italia / Beta Film

À l’ombre de ces remparts modernes, il y a des personnages, que Gomorra ne lâche pas. Inspirée par la structure de la série brésilienne La Cité des Hommes, chaque épisode se concentre sur l’un d’eux.

On demande à Sollima son secret pour injecter de l’humour dans cet univers sombre : « on montre un Don cruel, un vrai fils de pute, mais aussi qu’il a de bons rapports avec sa femme. Un criminel n’est pas forcément un mec triste. Il faut trouver divers éléments, dont l’humour, pour avoir une vision complète des choses. La scène du canapé dans le premier épisode est absurde, on a envie de sourire, mais en même temps, un autre personnage est en train de pleurer son ami défunt ».

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