Liberté, égalité, télé au 55° Festival de Monte-Carlo

Où peut-on croiser au même endroit des stars glamour aussi différentes que Bo Derek, Taraji P. Henson et Alizée ? Au 55ème Festival de Télévision de Monte-Carlo.

Tous les héros de notre enfance télévisée réunis à Monaco… Lui ne les ratera pas !

Le vénérable événement monégasque accueille des projections et compétitions de séries et téléfilms du monde entier, des jurés de poids (Bianca Jagger, Ron Perlman ou Patrick Duffy), des icônes d’hier comme d’aujourd’hui (Patricia Arquette, Lindsay Wagner) et bien sûr les fans, avides de dédicaces et de selfies, prêts à attendre longtemps sous un soleil de plomb, près du tapis rouge que tous foulent avant d’entrer au forum Grimaldi, centre du festival. La particularité ici est de ne faire aucune hiérarchie entre les émissions TV (Danse avec les Stars et son casting sont attendus comme s’il s’agissait des Experts), les reportages de journaux TV (un vrai travail à récompenser), les soap opéras que l’on regarde le matin/l’après-midi en cachette (Amour, Gloire et Beauté, Les Feux de l’Amour) et les séries dites « sérieuses » comme Engrenages, Profilage ou NCIS.

Vu comment la sériphilie a créé un snobisme (« Comment, tu préfères Game of Thrones à Mad Men ? »), c’est assez rafraichissant (sous le soleil). Créons alors un autre snobisme, à partir d’une citation : « la télévision a un autre but (…) Devenir un lien entre les peuples (…), éviter toute standardisation de la pensée et du goût du téléspectateur ». Ce sont les mots écrits par le Prince Rainier de Monaco lors de la première édition du festival en 1955.
 

 
Au Festival de Monte-Carlo, tout est donc lié, tout est à sa place. Pour son ouverture le 13 juin, il accueillait la série événement aux États-Unis Empire (17 millions de spectateurs américains pour son épisode final en mars dernier), diffusée prochainement sur une chaine du groupe M6. L’histoire d’une famille ayant fait fortune dans le hip-hop, influencée selon les dires de son co-créateur Danny Strong (avec Lee Daniels, réalisateur de Precious et Le Majordome, ndlr) par « Le Roi Lear de Shakespeare et Kanye West ». Rien que ça. Logique donc de voir cette royauté applaudie dans la principauté, et personnifiée princièrement par ses deux acteurs principaux : Terrence Howard (Iron Man), qui joue le rôle de Lucius, le patriarche (et roi Lear donc), occupé à vouloir transmettre sa maison de disques à l’un de ses trois fils, et l’ébouriffante Taraji P. Henson, son ex-femme sortie de prison et qui exige sa part de la fortune qu’elle a contribué à créer.
 
L'affiche du Festival du film de Monte-Carlo
 
Empire est clinquant, accrocheur avec sa BO supervisée par Timbaland, son mélange de coups tordus et de romances impossibles. Les comparaisons ont été vite faites avec la série eighties Dynastie (totalement assumées par l’équipe créatrice), et ses crêpages de brushings sur fond de pétrole, d’où émergeait la méchante Alexis Carrington, elle-même jouée sans limites par Joan Collins. Le modèle de Taraji (oui, c’est le genre d’actrice que l’on a envie d’appeler spontanément par son prénom), incidemment aussi invitée à Monte-Carlo. Les deux furies (de fiction) se sont-elles croisées? « Oui, et on a déjà fait une photo pour mon Instagram », déclarait Taraji avec gourmandise en conférence de presse, « et je lui ai dit lui avoir piqué beaucoup car comme disait mon prof de comédie : « si tu dois voler, vole aux meilleurs ». Plaisir coupable, Empire ? Oui, mais avec les pieds sur terre car, entre deux insultes homériques, Taraji donne de l’humanité à son personnage de vipère.
 

 
La proximité prend un drôle de sens à Monaco lorsqu’on parvient à échanger avec quelqu’un que l’on a longtemps vu étant enfant — à la télévision certes. Mais « la télévision doit devenir cet art nouveau qui s’introduit partout » (dixit le Prince Rainier, décidément visionnaire) et Patrick Duffy, alias Bobby Ewing dans Dallas, fut un ami imaginaire cathodique comme peuvent l’être maintenant Don Draper ou Tyrion Lannister. Des modèles de vie. Dans le cas de Bobby Ewing, c’était un modèle de zen, car on se demandait comment il pouvait se retenir d’étrangler son frère aîné J.R. après maintes machinations et trahisons.

On rencontre donc Patrick Duffy, propulsé ici président du jury séries TV. Il est charmant, gentil comme Bobby, drôle comme Frank (le papa gâteau qu’il jouait dans la sitcom Notre Belle Famille de 1991 à 1998), avec une patience infinie quand on le cuisine sur des détails ultra-précis de Dallas. Bouche cousue sur les séries à juger (de la française Fais pas ci, Fais pas ça à l’italienne Gomorra en passant par l’américaine House of Cards, le choix est mondial et large), il se permet cet enseignement : « le niveau des séries américaines et des séries européennes se rapproche de plus en plus. Mais n’oublions pas tout ce que les séries américaines ont pu emprunter aux séries européennes, de The Office à The Killing« . À Monte-Carlo, tout est lié, proche, à portée de main. La suite de nos rencontres, bientôt en ligne.

Informations et programmation sur le site du Festival du Film de Monte-Carlo, ici.

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