50 ans de pochettes rock… et sexy

Un plat qui s’écoute chaud

Aujourd’hui, on ne veut plus trop voir de tétons —pas sur les réseaux sociaux en tout cas— mais il n’en a pas toujours été ainsi. Alors que la polémique sur Facebook et la censure rebondit une nouvelle fois, Lui saute l’occasion pour retracer 50 ans de révolutions sexuelles avec une petite sélection de pochettes chic et sales, et dont le son ne demande qu’à dynamiter votre platine. Voici donc 13 pochettes choisies et commentées par les petits surdoués de Still in Rock. Libérons donc le téton… Et les accords de guitare !

On a souvent tout à craindre d’un album qui fait d’abord parler de son identité visuelle, surtout quand cette dernière mise sur la provoc’ ou le sexy… (Ce n’est pas Richard Hell, toujours ravi de dénoncer la « blank generation », qui nous contredira). Pourtant le rock’n’roll est une forme d’art subversive qui s’impose comme mode de vie et qui ne peut pas faire l’économie de pochettes disruptives, hédonistes, ou tout simplement moites. Elles servent la continuité d’un style musical qui a longtemps choqué et servi la révolution sexuelle… et qui sans doute devrait continuer à le faire.

Attaquons donc une sélection forcément subjective des pochettes qui, au fil de leurs sorties, ont le plus fait couler d’encre. Que la fête commence !
 

Blonde on Blonde – Contrasts (1967)

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Blonde on Blonde était un groupe formé en 1967 au Pays de Galles. Il tire son appellation du célèbre LP de Bob Dylan, une façon plutôt directe de rendre hommage à un artiste qui l’aura grandement inspiré. Contrasts est un album de rock progressif (comprenez, un rock plutôt psychédélique avec des harmonies plutôt folk) et s’il pêche parfois à vouloir être trop épique, on y trouve plusieurs bons morceaux du genre qui ne sont pas sans rappeler The Piper at the Gates of Dawn de Pink Floyd, à l’image de « Ride With Captain Max ».

Paru en 1969 alors que le genre est en pleine émergence, il aura peut-être fallu à Blonde on Blonde l’aide de cette magnifique pochette – dont l’artiste demeure inconnu du tout puissant Internet – pour créer la sensation. Sans avoir jamais eu le génie de Syd Barrett, le groupe s’est finalement fait une place parmi ceux qui, aux côtés de Country Joe and Fish & co, auront participé de la démocratisation du fuzz dans tous les genres musicaux.
 

Jimi Hendrix Experience – Electric Ladyland (1968)

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La légende de Jimi Hendrix n’est plus à faire. Pourtant, lorsque paraît Electric Ladyland (1968) et que Jimi demande que soit utilisée une photo de Linda Eastman, son label américain décide de l’ignorer et se sert à la place d’une image de Karl Ferris. Le label européen, Track Records, fait lui appel à David Montgomery qui réalise cette photo culte de 19 femmes nues (8 sur la version réduite). Hendrix ne tardera pas à exprimer son mécontentement de façon assez claire : « Folks in Britain are kicking against the cover. Man, I don’t blame them. I wouldn’t have put this picture on the sleeve myself, but it wasn’t my decision. It’s mostly all bulls » (soit en français : « les gars en Angleterre se plaignent de la pochette. Je ne peux pas leur en vouloir. Je n’aurais pas choisi cette image moi-même, mais la décision ne m’appartenait pas. C’est des conneries »).

Certains revendeurs refuseront de vendre l’album et d’autres retourneront la pochette. Jimi Hendrix écrira une lettre à son label pour détailler « the pictures we would like for you to use anywhere on the L.P. cover ». Mais finalement, on se dit 40 ans plus tard qu’avoir altéré la volonté de Jimi Hendrix était un moindre mal. L’enregistrement demeure inchangé et, si l’image ne colle pas directement au contenu musical, on se souviendra ainsi que l’histoire du rock est intimement liée au harem de Jimi Hendrix.
 

Aguaturbia – Aguaturbia (1969)

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Aguaturbia était un groupe chilien, l’émanation artistique d’un couple formé en 1969. Pionnier dans son pays en matière de rock psychédélique, on y entend surtout et avant une pédale wah-wah largement mise en avant pour le meilleur effet. Si le côté expérimental peut surprendre, spécialement lorsqu’il est couplé à un style musical que l’on a l’habitude d’aborder sous des airs plus accueillants, Aguaturbia doit être pris pour ce qu’il est : un album majeur qui a marqué l’histoire musicale de tout un pays.

La pochette est finalement à l’image de la musique du groupe : osée, provocatrice et nouvelle. On y voit les membres du groupe dans leur plus simple appareil alors que Denise Corales, la chanteuse, semble osciller entre regard stoned et appétit sexuel dévorant. Son mari, Carlos, sera crucifié sur la pochette de leur second album. L’histoire du rock chilien n’a jamais semblé si animale.
 

Blind Faith – Blind Faith (1969)

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Blind Faith était un groupe formé par Eric Clapton et Steve Winwood. Si les deux musiciens sont ensuite rentrés dans la légende du rock’n’roll, la pochette de l’unique album (1969) de cette formation fait également office de référence. La jeune adolescente (11 ans) qui tenait un objet phallique à la main aura été censurée pour la sortie américaine de l’album au profit d’une simple photo du groupe. L’artiste, Bob Seidemann, défendra qu’il s’agissait en réalité d’une retranscription de la Juliette de Shakespeare, l’avion comme fruit de la connaissance humaine. C’est selon.

Toujours est-il que Blind Faith contient de nombreux classiques, à l’image de « Had To Cry Today » qui oscille entre classic rock et blues noir. C’était juste avant que Clapton ne débute sa fabuleuse carrière solo, à une époque où Cream jouait ses derniers accords. Et disons-le : c’était bon.
 

Roxy Music – Country Life (1974)

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Même si le nom de Roxy Music ne vous dit peut-être rien, la pochette de Country Life vous est familière. À vrai dire, il était strictement impensable d’écrire cet article sans citer l’une des plus célèbres cover de l’histoire. À l’origine, Brian Ferry, le leader du groupe, rencontre ces deux jeunes femmes lors de ses vacances au Portugal. Il demande à son ami Eric Boman de les photographier, pensant tenir un simple cliché pour illustrer son été. La photo sera finalement choisie comme pochette de leur album qui paraîtra en 1974.

Il ne fallait pas en douter, certains magasins refuseront la vente de l’album et une version censurée – avec les seuls buissons ! – verra rapidement le jour. Quel dommage ! Mais qu’importe après tout, Country Life aura depuis fait le tour du monde. Si tous les morceaux de cet LP ne sont pas rock’n’roll, on y trouve une touche commune qui n’est pas sans rappeler la musique de Ian Dury, qui a inventé la célèbre maxime « Sex, drugs and rock’n’roll ».

Un titre ? Sans hésiter un petit « The Thrill Of It All », en live et à la télé allemande. On a le droit d’agiter la jambre !

Tom Waits – Small Change (1976)

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On compte sur les doigts d’une petite main les artistes plus charismatiques que Tom Waits. Entre sa magnifique carrière d’acteur et son interprétation musicale du tableau d’Edward Hopper, Nighthawks, la carrière de Tom Waits est intimement liée à son rapport à l’image. Il compte à ce jour plus de 15 albums studio et sa musique continue de démontrer que les frontières entre jazz, blues, soul et rock’n’roll sont en réalité bien infimes.

Son quatrième LP, Small Change, paraît en 1976 via Asylum Records. Sur la pochette, Tom Waits apparaît désabusé par la discussion qu’il vient d’avoir avec cet ange du cabaret d’à côté. Il s’agit en réalité de Cassandra Peterson, actrice connue pour son rôle dans Elvira, maîtresse des ténèbres. Chez Tom Waits, le beau est toujours bizarre.

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