Laurent Garnier, père éternel de la musique électronique

Toujours là où on ne l’attend pas, Laurent Garnier qui, dès l’âge de dix ans, transformait sa chambre en boîte de nuit, a réussi son pari de faire danser la planète. Considéré comme le père de la musique électronique par certains, cet artiste pluriel revient sur son parcours fulgurant à l’occasion de la sortie de son nouvel album.

Sortie ce lundi 18 mai, la Home Box de Laurent Garnier est un véritable carnet de voyage –évidemment musical– de l’un des DJ, compositeurs et producteurs français les plus prisés au monde. Ceux qui ont eu la chance de le voir en live savent à quel point il aime transmettre des émotions à son public, n’hésitant pas à s’éterniser aux platines tellement il est happé et passionné par les foules en mouvement. Au cours de l’année passée, il a d’abord diffusé 5 EP dans 5 labels (et 5 pays !) différents pour partager ses souvenirs et expériences dansantes, avant de revenir sur sa maison historique, Fcom, avec cette Home Box : 10 titres, en CD ou en digital mélangeant inédits à quelques autres déjà entendus par son public au cours de l’année, dans les salles les plus chaudes de la planète. La parole est à lui.

Lui. Quand avez-vous eu envie de devenir DJ ?
Laurent Garnier.
J’ai commencé à vouloir devenir DJ vers l’âge de 10 ans. J’avais un grand frère de six ans de plus que moi et je séduisais ses ami(e)s en leur parlant musique. Ma façon d’exister au sein d’une société, c’était de passer des cassettes. Ma chambre était une véritable discothèque.
 

Laurent Garnier en composition

© Richard Bellia

Malgré cette passion pour la musique, vous avez d’abord intégré un CAP hôtellerie. Que s’est-il passé ?
Je n’ai jamais travaillé à l’école, ce qui n’était pas du goût de mes parents. À l’âge de 15, ans ils m’ont donné le choix entre un CAP-BEP hôtellerie, car ma grand-mère tenait une auberge, une école de coiffure car mon oncle était coiffeur… ou d’intégrer l’école des enfants de troupe : il s’agissait du service militaire pour les jeunes, qui s’étalait sur six ans. Le choix a été vite fait. À la sortie de mes études, j’ai travaillé à l’Ambassade de France à Londres en tant que valet de pied pour deux ambassadeurs. Je m’entendais très bien avec le premier, moins avec le deuxième qui était un peu plus… terne, je dirais. C’est-à-dire, surtout, qu’avec lui, il y avait moins de fêtes et de réceptions. Au bout de deux ans et demi, j’ai compris qu’il n’y avait pas d’évolution ni de changement dans le travail ; j’ai donc arrêté pour commencer ce que je fais toujours aujourd’hui.

Pourquoi avoir sorti en avril, en amont de votre nouvel album, un coffret en édition limitée à 1 000 exemplaires ?

« À Ibiza, je battais des records d’audience avec mon émetteur pirate. Le nom de ma station ? Fuck you FM ! »

De nos jours, les gens ne consomment plus la musique et les albums de la même façon qu’il y a quelques années. Cela aurait été complétement archaïque de faire un album pour faire un album. J’ai eu envie de faire quelque chose d’original pour encadrer la sortie de mon nouvel album. D’où cette « home box » comprenant l’album en avant-première, quatre vinyles, le poster et la numérotation à la main de chacune des 1 000 box.

Pour vous ce nouvel album, c’est quoi ?
Un retour aux sources ! Je me suis longtemps senti enfermé dans des albums un peu « dancefloor ». Pour cette raison, j’ai travaillé avec des jazzmen, des chorégraphes… Là, j’ai eu envie de revenir à mon premier amour, le Djing, et de faire danser les gens ! J’ai donc créé plein des nouveaux titres, puis j’ai pioché dedans pour faire un album. Je me suis rendu compte avec le temps que mettre trop de musiques différentes sur un même album pouvait créer des zones d’ombres sur certains morceaux. J’ai néanmoins essayé d’être éclectique, tout en tâchant de caler mes titres aux bons endroits.
 

Rencontre avec Laurent Garnier

© Richard Bellia

Quelles sont vos influences ?
Funk, saoul, jazz, rock ainsi que tout un côté musique black avec un amour particulier pour des morceaux qui viennent d’Afrique, du Brésil et de la Jamaïque. Quand j’étais jeune il y a eu une période disco très importante sur la scène gay. Puis il y a eu l’arrivée du reggae avec l’influence de Bob Marley et enfin la musique punk, quand j’avais dix ans, avec les Clash, entre autres. Elles m’ont toutes beaucoup inspiré. Très jeune j’écoutais déjà de tout, sauf du jazz. Il m’a fallu plus de maturité.

On vous a connu à vos débuts sur Radio Nova et Radio FG. Pensez-vous que vous devez une partie de votre succès à cette expérience de chroniqueur musical ?
La radio a toujours été très importante pour moi. Entre mes 13 et 15 ans, à l’époque des radios libres, je faisais des émissions le vendredi soir avec un ami voisin qui avait fabriqué un émetteur. Il émettait à 10 km à la ronde. Nous touchions Saint-Germain-en-Laye et le Vésinet. Nous avions créé « Radio Teenager ». On jouait de la musique pour nos amis du collège pendant quatre heures. Nous enregistrions les émissions sur cassettes afin de pouvoir les distribuer à l’école le lundi. Je les ai toutes conservées… Plus tard, j’ai acheté un émetteur à Ibiza où j’avais lancé ma chaîne de radio, « Fuck You FM ». Je battais des records d’audiences sur les ondes, c’était amusant !

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