À table avec Johnny Hallyday

Quand Johnny parle de vie, de mort et d’amour.

L’inventeur de la rock’n’roll attitude à la française est de « retuuuur » à l’écran dans Salaud, on t’aime, de Claude Lelouch, le 2 avril ; et sur scène avec ses potes Dutronc et Mitchell à la fin de l’année. Toujours rock, plus philosophe, Johnny retient la vie plutôt que la nuit.

Quand il est entré à l’Ami Louis, j’étais en train d’expliquer à Seb Farran (son manager venu bouffer avec nous) que j’étais très heureux de revoir Johnny Hallyday. C’est vrai : je me donne un mal fou pour avoir l’air blasé mais je ne le suis pas.

« Moi, je marche à ça : la survie. »

Croyez-le ou pas, je suis épaté comme un môme de dîner avec l’idole des jeunes, celui qui a fait la bringue avec Jimi Hendrix et Jim Morrison, a couché avec une longue liste d’avions à réaction, a vendu 100 millions de disques et continue d’être 
la rock star la plus populaire de mon pays. Je ne vous ferai pas l’injure de citer une liste de ses plus fameuses chansons. Je citerai juste ma préférée : « Voyage au pays des vivants » 
(« Le jour de ma naissance, un scarabée est mort/Je le porte autour de mon cou »), blues psychédélique coécrit par Mick Jones 
(le guitariste de Foreigner). C’était la face B du 45-tours 
Que je t’aime en 1969 ; je l’écoutais dans mon mange-disque quand j’avais 5 ans. « Je-ne-re-com-men-ce-rai-ja-mais-ce-
que-j’ai-fait. » À force de hocher la tête, je fus atteint du syndrome du bébé secoué. On a vu le résultat depuis.

OK, je sais que vous attendez tous que j’en parle : il y a quelques années, j’ai parfois passé du temps chez Johnny, des dîners chez lui à Marnes-la-Coquette, des week-ends sur son bateau en Corse, des Noëls et des anniversaires… Mais je n’étais toujours pas blasé. Avec ses yeux de loup, il impressionne tous ceux qu’il rencontre ; alors, imaginez ce que vous ressentez quand vous avez la prétention de lui piquer sa fille. J’ai toujours été dans mes petits souliers quand je le voyais, mais Johnny s’est toujours montré magnanime avec son « gendre intello ». Fin de la séquence vie privée.

Quand il est entré à l’Ami Louis, le silence s’est fait. Même les Américains se sont demandé pourquoi le brouhaha avait cessé. Qui est ce biker aux bras tatoués qui fait que les Frenchies mangent tout d’un coup la bouche ouverte ?

Frédéric Beigbeder. On se tutoie toujours ?
Johnny Hallyday. Bien sûr, mon ex-beau-fils…

(De nouveau en sudation maximale.) Château Calon Ségur 1998, ça ira ?
Parfait.

Alors, c’est vrai ce que m’a dit Sébastien ? Tu vas faire un concert des « Vieilles Canailles », avec Jacques Dutronc et Eddy Mitchell ?
Oui, on a envie de faire un truc à la Rat Pack, avec nos meilleures chansons, quelques standards américains et beaucoup de blagues. Tu sais que Dutronc était le guitariste d’Eddy au début.

Vous serez en smoking ?
Plutôt en costume noir. La scène sera un bar où on sera en train de picoler et de se chambrer les uns, les autres. 
Ce qui me plaît, c’est qu’on y va pour déconner et se marrer.

C’est comme ce soir : un truc entre mecs.
On en a marre des gonzesses. (Rires.) On peut avoir des escargots et un poulet rôti ? C’est ce que je préfère ici. Même le foie gras est bien ici, alors que d’habitude j’aime pas ça.

Tu as déclaré que de tous les films que tu as tournés, tes deux préférés étaient L’Homme du train, de Leconte, et Salaud, on t’aime, de Lelouch, qui sort le 2 avril prochain.
C’est vrai, je le pense.

C’est pas gentil pour L’aventure c’est l’aventure.
Oui, mais ça, c’est plus ancien… Patrice Leconte et Claude Lelouch sont des metteurs en scène avec qui il est très agréable de travailler.

Et Jean-Philippe ? C’était chouette, je trouve. La scène où tu chantes « Quelque chose de Tennessee » sur la plage, la tête de Luchini.
Je me suis pas entendu avec le metteur en scène, Laurent Tuel. Jean Reno a aussi fait un film avec lui et il est d’accord. Pourtant, je l’avais prévenu !

Et La Gamine, avec Maïwenn ?
Oui, c’était pas mal. Elle avait 16 ans. J’ai assisté à la rencontre entre Maïwenn et Luc Besson sur le tournage.

Et puis… y a Détective, de Godard, quand même !
Oui, c’est vrai. Godard était la terreur des acteurs mais moi, bizarrement, il m’aimait bien. Je me suis toujours bien entendu avec lui. Il disait aux autres : « Johnny est un grand professionnel parce qu’il demande toujours à écouter la prise après, alors que vous n’en avez rien à foutre ! »

C’est vrai que tu écoutes le son ?
En fait, c’est une habitude de chanteur. Je réécoute la prise pour voir si le ton est juste.

Dans Salaud, on t’aime, tu joues un photographe de guerre qui prend sa retraite dans un chalet à la montagne 
et qui veut réunir ses quatre filles…
Oui, j’ai l’impression que le personnage s’inspire beaucoup de Claude Lelouch, qui a commencé comme reporter. Ce qui est drôle, avec Lelouch, c’est qu’il n’arrête pas de filmer. Donc il faut continuer à parler. Par exemple, la scène où ma fille m’engueule, je n’étais pas prévenu et j’ai commencé à pleurer. Cette scène me rappelait de mauvais souvenirs. Et quand Sandrine Bonnaire se tourne vers moi, je lui dis que j’ai raté ma vie. Tout ça n’était pas écrit.

Il a joué sur un thème qui te touche, celui du père absent.
C’est l’histoire de sa vie à lui, Claude.

Mais c’est aussi un peu la tienne.
Écoute, je ne veux pas te parler de Laura. Tout ce que je peux te dire, c’est qu’elle a vu le film et qu’elle était bouleversée.

Un ange passe, dont nous connaissons le prénom. Johnny engloutit des escargots et du poulet. Je remplis nos verres. Moi aussi, je suis un grand professionnel. Je me souviens qu’il y a une corrélation assez étroite entre la réussite d’une interview et le pourcentage d’alcool dans le sang.

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