DJ Cam : la musique, le vice et Miami

La future adaptation au cinéma de Miami Vice n’est pas encore tournée, mais elle a déjà une bande-son ! Et pour cause : DJ Cam, désireux de s’incruster à Hollywood, nous livre une BO imaginaire, non officielle, mais passionnée et tripante à destination des fans de hip hop… comme des Deux flics à Miami. Interview.

Si Laurent Daumail, aka DJ Cam, avait une liste de choses à faire avant de mourir, elle ressemblerait probablement à un gros carnet en cuir dont presque toutes les pages seraient noircies de pépites déjà accomplies : « enregistrer avec Guru« , « remixer Miles Davis et Michael Jackson« , « partager la scène avec Jean Michel Jarre » ou encore « vendre un million de disques« … Pourtant, le précurseur et fleuron hexagonal du hip-hop instrumental arbore un regard émerveillé et enthousiaste à chaque nouveau projet. Ambitieuses, ses aventures discographiques dévoilent un onirisme en grande partie inspiré par le cinéma et sa dernière création n’y échappe pas… Elle se lit en lettres capitales : MIAMI VICE, une BO personnelle comme déclaration d’amour à la série légendaire…
 

DJ Cam en interview pour Lui

DJ Cam à l’hôtel Alba Opera à Paris, © Cyprien Rose

Composer pour le septième art est l’une des obsessions de DJ Cam et, lorsque des films et des séries TV commencent à utiliser sa musique (À la rencontre de Forrester pour Gus Van Sant et des épisodes de la série Les Experts à Miami, ndlr.), l’artiste décide de poser ses valises à Los Angeles. Mais tous les agents qu’il y rencontre ont toujours à lui répondre : « On aimerait bien te faire bosser, mais il faudrait que tu aies déjà fait une BO !« . Et voilà comment on passe à l’action. Avant de plier bagages.

DJ Cam. Los Angeles, c’est une ville un peu particulière et je n’avais pas envie d’y finir ma vie. On y trouve des gens un peu spéciaux, un parfum de solitude ambiante et beaucoup trop de voitures… Avec ma femme, nous sommes rentrés à Paris puis acheté un appartement à Miami… On s’y plaît beaucoup, il se passe toujours plein de choses là-bas.

Lui. Tu as retrouvé les lieux de tournage de la série ?
(Rires) Je me suis fait tous les pèlerinages possibles… Il y a même un épisode où l’on voit mon immeuble !

Cette BO de Miami Vice a donc été composée à Miami… Et sur ton nouveau home studio ?
Oui carrément, face à la baie ! C’est super-inspirant, j’ai même enregistré la mer qu’on entend au début de l’album, toutes les vagues viennent de la bas. En fait, je ne suis pas du tout un « geek » de studio. Que ce soit de simples plug-ins ou des interfaces à 10 000 euros, je m’en fous royalement ! Le seul truc qui compte vraiment c’est que le résultat me plaise. Pour le reste, je vis avec la technologie de mon temps.
 

 
Ce dernier album, c’est un peu le genre de sons que l’on peut entendre lorsqu’on se promène dans les rues de Miami ?
Oui, mais en plus hip-hop… Là-bas, c’est ça avec du trap (la musique dite « trap » vient d’abord des lieux de vente et revente des drogues, désignés en argot par ce terme qui signifie littéralement « piège », ndlr) ! À Miami, les nouveaux producteurs de hip-hop n’ont vraiment aucune barrière. À notre époque, quand tu mettais un jean large et des baskets, tu étais hip-hop et tu le restais. Là-bas, un coup ils sont hip-hop et un coup ils sont pop, ils aiment tout et ils mélangent toujours tout. En ce moment il y a des trucs assez fulgurants à propos des mélanges stylistiques, parfois j’entends des choses et je me dis « Putain, les mecs… ! »

Friand de « featurings« , DJ Cam s’adjoint les services de deux Américains : MC EIGHT et Earl Davis. Ce dernier prête sa voix à la “cover” de Phil Collins. Un morceau pour lequel le DJ voulait produire quelque chose à l’image du mouvement « Chopped & Screwed » (technique qui consiste à ralentir le tempo entre 60 et 70 battements par minute, et à utiliser le scratch, le stop-time et à hacher une partie de la chanson, ndlr).

Une rencontre avec des rappeurs « gangsta » doit être un peu particulière, comment te considèrent-ils ?
En fait pour eux, c’est comme d’aller voir la Tour Eiffel, c’est exotique ! MC EIGHT a pratiquement 50 ans, c’est un vrai gangster, il est tatoué sur le visage, il ne traîne qu’avec des mecs qui ont tous connu la prison et vit dans une banlieue ghetto de Los Angeles. Mais ces mecs sont tellement hallucinés qu’un gars comme moi les contacte… Pour eux, Paris, c’est les parfums…
 

DJ Cam en interview pour Miami Vice

© DR DJ Cam

Et tous les clichés de base…
De méga base, en fait ! Tu sais, ces mecs ne sont pratiquement jamais sortis de leur pays, certains ne connaissent rien. Ils s’habillent tous en XL et ils mettent des trucs en plastique sur les canapés. Mais ils sont tellement étonnés que tu fasses appel à eux qu’il vont tout de suite être très protecteurs. À peine je suis arrivé là-bas, je lui ai envoyé un message et tout de suite le mec voulait venir me chercher pour m’emmener chez lui, il voulait me faire visiter le quartier et manger dans sa famille alors que lorsqu’il me parle en anglais, je ne le comprends pas !

Tu comptes produire ton prochain album à Miami ?
Oui, je pense que je vais faire le volume 2, la suite de Miami Vice ! J’ai plein de morceaux que je n’ai pas pu inclure, car je voulais faire un album court. Je ne crois plus au format 70 ou 80 minutes, et encore moins aux 20 titres, ça ne sert plus à rien. Déjà si les gens arrivent à écouter du début jusqu’à la fin c’est formidable ! Et puis j’adore les suites genre : « Le retour« .
 

 
Ton projet d’exposition photo est toujours d’actualité ?
Oui… C’est un travail un peu à part. Je suis en train de réaliser un livre de photos pour lequel j’ai réalisé une bande-son ambiante, afin d’accompagner les images. Une musique sans sections rythmiques. Ma source d’inspiration première c’est une vieille pub pour le parfum Fahrenheit, tu voyais un mec marcher avec cette espèce de musique en fond sonore… Tout l’album sera un peu dans ce registre. Je suis également en train de faire un montage des photos pour les rendre vivantes et les caler sur la musique. C’est un projet un peu ambitieux et très limité en nombre d’exemplaires, ça fait plusieurs années que je bosse sur ce concept. Je suis en train de le terminer, c’est très contemplatif. Dans le genre, Romain Delahaye (aka Molécule) a sorti 60 degrés 43 secondes Nord il y a quelques temps, un livre-album complètement génial.

Bonus : profitez de la sortie du disque de DJ Cam pour découvrir les remixes 2015 de Summer in Paris (feat. Anggun), mais aussi pour savourer la patine vintage de Miami Vice, la toute première série diffusée en son stéréophonique et dont une partie du budget était dédiée au placement de titres. Dans les années 80, une avalanche de clips vidéo affluent indéfiniment par le robinet fleuve de MTV, une chaîne alors musicale et prisée par la jeunesse. Les producteurs de Miami Vice ont la bonne idée d’investir pas moins de 10 000 dollars par épisode pour acheter les droits d’auteur des tubes de l’époque. Joli coup, chaque titre placé booste les ventes dès le lendemain de la diffusion. Replacé dans son contexte, le casting musical est plutôt dingue : The Rolling Stones, Kate Bush, Madonna, Phil Collins, Depeche Mode, ZZ Top, Eric Clapton, Dire Straits, Tina Turner, The Doors, U2, James Brown, George Benson, David Bowie, Rod Stewart… La liste est encore (très) longue et disponible en ligne grâce à la chaîne YouTube Miami Vice OST !
 
DJ Cam BO Miami Vice
 
Miami Vice, de DJ Cam (Inflamable Rec / La Baleine) est disponible en CD, ou en MP3.

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