Ala.ni : « La musique me vient de partout »

À l’occasion de la sortie de son deuxième EP You & I – Summer au début du mois de juin, Lui.fr a rencontré Ala.ni, chanteuse londonienne aux origines caribéennes, au Comptoir Général. Avec un premier EP You & I – Spring sorti en mars 2015 et deux autres EP en prévision (Autumn en septembre et Winter en décembre), Ala.ni nous invite dans un univers à part et dans un projet musical abouti : celui de raconter le cycle d’une histoire d’amour à travers 12 titres.

La musique fait partie intégrante de la vie d’Ala.ni. Née d’un père musicien et d’une mère couturière, elle commence à chanter dès ses trois ans. Puis, en intégrant la Sylvia Young Theater School à Londres (fréquentée notamment par Amy Winehouse et Nathalie Appleton), elle se prend d’intérêt pour le théâtre, la danse ou encore le mime. Elle poursuit dans cette lancée et découvre, encore une fois, de nouveaux univers artistiques : le cinéma et la mode (en 2011, elle présente sa propre collection à la Fashion Week de Paris).
Pourtant le monde de la chanson n’est jamais loin. À cette même période, elle devient choriste pour Mary J. Blige ou Damon Albarn et, à partir de 2012, elle compose ses premières chansons. Le premier tube de la chanteuse, Cherry Blossom, est écrit d’une traite en plein milieu de la nuit, alors qu’elle séjourne chez ses grands-parents sur l’île de Grenade, dans les Caraïbes.

Les morceaux d’Ala.ni surprennent par leur originalité, mêlant plusieurs univers : du music-hall de Broadway à la folk anglaise, en passant par des expérimentations sonores. Sa voix envoûtante et ses accompagnements épurés ont charmé Lui.fr, qui a voulu en savoir plus sur cette chanteuse hors du commun et hors du temps.
 

 
Lui. Comment décririez-vous votre univers musical en quelques mots ?
Ala.ni : Ce n’est pas vraiment une question facile… Je dirais venu de nulle part, plein de couleurs et jouissif.

Votre musique, c’est un peu un mélange des genres. Qu’est-ce qui vous a le plus influencé ?
Je ne sais pas si on peut parler d’influence, je dirais plutôt que je revis les différentes époques qui composent ma musique. Dans mon esprit, j’ai commencé à chanter à partir des années 1850 en Louisiane, ensuite j’ai avancé jusqu’aux années 1920-1930 à Paris, puis dans les années 1940 en Angleterre. C’est cet ensemble qui construit mon univers musical.
Après, je préfère regarder des films et des séries, je suis une personne très visuelle. Par exemple, lorsque je regarde Boardwalk Empire, je suis tellement prise par les images que j’ai l’impression d’être vraiment aux côtés de ces hommes en costume. Les musiques des épisodes s’accordent à celles que je chante et parfois, j’y entends une mélodie que je ne connais pas, et ça m’emporte ailleurs.

Donc vos références musicales restent très larges…
Je n’ai pas de références précises car je n’aime pas écouter de la musique. Je ne trouve pas ça relaxant, au contraire, je passe mon temps à tout analyser : les sons, les paroles… c’est fatiguant !
Par contre, je laisse la musique entrer dans ma vie et elle me vient de partout. Qu’importe où l’on soit, la musique nous entoure toujours. Ici par exemple, on entend les verres qui s’entrechoquent, les moteurs qui vrombissent et les gens qui discutent : c’est déjà une mélodie pour moi ! J’aime être consciente de cette réalité et je l’accepte totalement. Dans une de mes chansons, j’ai utilisé l’enregistrement d’une personne qui ronflait parce que le son m’inspirait. Je ne veux pas écarter de mon chemin un élément intéressant, sous prétexte que ce n’est pas un véritable instrument. Je préfère m’ouvrir à d’autres possibilités si elles en valent le coup.
 

la chanteuse Ala.ni

© Alice Dellal

Comment avez-vous vécu vos premières scènes en tant que chanteuse solo ?
J’ai commencé par me produire sur de petites scènes et je commence juste à voir plus grand. Je reviens du Montreal Jazz Festival ; pour la première fois, j’ai vu mon nom en tête d’affiche, c’était palpitant ! C’était un de mes rêves en quelque sorte, et il est devenu réalité.

Comment se sont passées les premières rencontres avec vos fans ?
En règle générale, je reçois de très bons retours de mes fans et il me paraît important de s’impliquer dans cette relation privilégiée avec le public. J’adore particulièrement me produire à Paris, je trouve que les gens y sont très expressifs pendant les concerts. Je pense que la plupart des artistes qui se produisent à Paris pensent comme moi : c’est une ville libre, où les gens n’ont pas peur de montrer leurs émotions, de les partager avec les autres. Ce n’est pas le cas dans d’autres villes de France et du monde, j’ai l’impression qu’il y a plus de limites et moins de spontanéité.

Est-ce que vous utilisez des techniques et du matériel spécifiques pour réaliser vos clips ?
Seulement l’un de mes clips a été tourné avec une caméra, mais pour les autres j’ai utilisé un Ipad car c’est instantané, on peut voir tout l’enregistrement en temps réel. En plus, j’ai une application qui me permet de choisir des filtres différents : je vois le résultat final en un clin d’œil, sans même passer par du traitement en post-production.
Utiliser le noir et blanc dans mes clips, ce n’est pas juste un choix créatif mais c’est une technique que j’apprécie. Je m’inspire de la photographie pour rester dans la simplicité, et le noir et blanc permet de réduire les choses à l’essentiel dans une image : les contrastes entre l’ombre et la lumière qui révèlent de petits détails, le souci des ombres et des teintes de gris par exemple… j’aime travailler les effets visuels avant tout !
 

Alan.i

© Alice Dellal

Selon moi, les clips d’aujourd’hui sont surchargés de détails et ne font pas vraiment sens avec la chanson elle-même. Je préfère aussi utiliser un filtre vintage avec du grain, pour éviter l’effet haute définition. Je trouve qu’avec toutes les évolutions techniques, ça devient épuisant de regarder une vidéo. Ton attention se fixe partout, même sur des détails que tu aurais préféré ne pas voir. Pour moi, ça ne sert à rien de dépenser de grosses sommes d’argent pour une vidéo comme ça, je préfère rester simple et expressive.
 

 

D’où vous est venue l’idée de développer une histoire d’amour en quatre EP saisonniers ?
Cette histoire d’amour, qui se déroule sur les 4 EP, fait partie de ma vie. Elle prend sa source dans toutes les expériences que j’ai vécues. Mais pour moi, ce sont des histoires auxquelles tout le monde peut s’identifier.
J’ai commencé par écrire les chansons, il m’a fallu seulement trois mois pour tout composer. Les musiques sont venues naturellement à moi, comme par instinct. Une fois que je connaissais la direction que j’allais prendre, que j’avais trouvé mon thème, ça n’a pas été difficile de trouver les bons mots et les bonnes mélodies. Je sais souvent vers où je veux aller, mais je laisse une place importante à l’imprévu au moment de la composition.

Le plus impressionnant c’est qu’au moment d’enregistrer mes chansons, je pensais qu’elles allaient être présentées comme des démos. Lorsqu’elles sont sorties sous la forme d’un EP je ne m’y attendais pas, mais c’était une très bonne surprise. J’étais ravie de revenir à la chanson : j’avais l’impression d’avoir à nouveau trois ans, lorsque je chantais Over the Rainbow, je me sentais comme une véritable chanteuse de music-hall !
 

 
Est-ce que vous pouvez nous donner un indice sur vos prochains EP, Autumn et Winter ?
Summer et Spring étaient des EP très optimistes et enjoués. Avec les deux prochains, l’atmosphère s’assombrit : lorsque j’ai joué certains titres en live, comme Darkness at Noon ou Roses and Wine, ils ont tellement touché le public que certains étaient au bord des larmes. A la fin du show, des femmes venaient me voir et me disaient qu’elles étaient touchées par ces morceaux, qu’ils faisaient parti des plus beaux qu’elles aient entendus et qu’elles y reconnaissaient leurs vies.

Est-ce que vous avez déjà d’autres projets en tête ?
J’ai des tonnes d’idées pour de nouveaux projets. Je veux aller de l’avant et voir plus grand : me concentrer sur l’écriture, produire des morceaux et albums plus importants, faire de nouvelles expérimentations… J’aimerais beaucoup travailler sur une chanson dramatique avec Rufus Wrainwright par exemple. Je vais tenter de nouveaux accompagnements comme la harpe ou le violoncelle.
Après, je préfère tout de même laisser les choses venir telles qu’elles sont, au lieu de les planifier. Ma musique se construit grâce à toutes les opportunités qui s’offrent à moi et j’en suis complètement redevable. En plus, je ne sais pas combien de temps je vais pouvoir continuer ma carrière de chanteuse… Ce n’est pas à moi de le décider !
 

Retrouvez l’EP You & I – Summer en vente sur iTunes, ou disponible en écoute sur Spotify et Deezer.
Pour la chaîne vidéo d’Ala.ni, c’est par ici.
Et n’oubliez pas de faire un tour sur son site officiel.
On vous laisse avec l’un de ses derniers morceaux, Suddenly !

 

 

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