Septième ciel pour AaRON

Duo parisien Vs émotions particulières

Nappes de son et émotions brut, AaRON est de retour. Le groupe qui s’est fait connaître avec son tube « U-Turn (Lili) », repris dans la B.O. du film Je vais bien, ne t’en fais pas, sort son quatrième album et entame sa tournée européenne. C’était le moment de les faire parler avant qu’ils aillent passer six mois sur les routes.

Ils sont beaux, doués, intelligents et sympas. Autant dire que les conditions n’étaient pas vraiment réunies pour qu’on apprécie ce groupe français de pop anglaise —entre Echo and the Bunnymen et Mercury Rev, pour leur modus operandi qui tient plus de l’univers sonore que de la pop song à proprement parler. Heureusement, ce sont des passionnés d’art, musical mais pas seulement, et il n’y a rien de tel pour rapprocher trois cœurs que refroidit l’entrée dans l’hiver. La conversation s’engage sur Basquiat : c’est de ce peintre génial que le groupe tire son nom, le mot « Aaron », en hommage au joueur de base-ball du même nom, revenant avec obsession sur les œuvres du l’artiste new-yorkais. Parler peinture à l’heure du café, forcément ça détend.
 

 
« Basquiat est une influence majeure, ou en tout cas résume bien ce qu’on essaie de faire dans notre travail », explique Simon Buret, le chanteur. « Par la façon qu’il a d’ouvrir son monde intérieur, de le mettre sur toile, qui est fascinante. Nous fonctionnons beaucoup comme ça, en touches de couleur à droite-à gauche… C’est très visuel, notre façon de composer », analyse-t-il. Un mot d’ordre qui constituera d’ailleurs le leitmotiv de la conversation : l’absence de recherche esthétique particulière, autre que fixer en musique des émotions, des mondes intérieurs, des moments intimes. Pas de message, de l’expression pure, des sensations personnelles. Avec, en guise de rocher de Sisyphe, le but revendiqué de se pencher sur ces instants si personnels, si précis, qu’ils en deviennent universels.

Ce n’est qu’en décryptant l’interview d’AaRON, réalisée dans un bistrot du 10° arrondissement de Paris, tout près du studio dans lequel ils répètent les versions live de leurs nouveaux titres en perspective de la tournée, qu’on comprend pourquoi ces jeunes gens sont finalement si attachants. Surtout par rapport à tant d’autres groupes rencontrés au cours des dernières années : ils ne se prennent pas au sérieux, ne posent pas à la star qu’on dérange avec nos questions stupides (on en posa, pourtant), mais ils prennent leur travail au sérieux et ça, ça fait du bien. Pas de message particulier, pas de « on veut juste s’éclater », pas de « ce qui compte, c’est de faire danser les gens », pas de « j’en sais rien, je fais ce qui me passe par la tête et le public en redemande », mais une volonté, sans cesse réaffirmée, de se donner tous les moyens à leur disposition pour jouer une musique « incarnée ».
 

 
« Le plus important, c’est que la musique dégage une sensation », insiste Olivier Coursier. Simon poursuit : « c’est toi qui donne la couleur du truc, qui dit « ce film me déprime » ou « il me fait plaisir », « ce livre me déprime », ou « il me fait plaisir »… J’aime bien construire des chansons en laissant de la place à l’auditeur, comme tu laisses de la place à un lecteur. En voyant un tableau, l’un va trouver ça merdique, l’autre génial, on ne sait pas pourquoi… C’est toi qui donnes la couleur aux choses et, le plus important, c’est de faire une chanson qui ajoute de la couleur à l’expérience que tu es en train de vivre. Si tu es malheureux, quand tu l’écoutes, tu chiales ; si tu es heureux, quand tu l’écoutes, tu es euphorique. »

Un « souffle de vie » avec tout ce qu’il implique d’exigence artistique, tant ces brises ne se laissent pas volontiers enfermer, ramasser, exprimer, dans une œuvre d’art. Avec We Cut the Night et ses titres poétiques comme « Invisible stains », « Maybe the Moon », « Magnetic Road », le duo réussit cependant à emporter son auditeur dans une musique parfaitement urbaine et brevetée vingt-et-unième siècle… Dont on ne dira pas dans quelle humeur elle nous plonge, de peur d’en dévoiler trop sur nous.

Tout au plus avouera-t-on particulièrement kiffer le titre « Ride On ».

À la Cigale à Paris ce mercredi 14 octobre en ouverture du MaMa Festival, puis en tournée jusqu’à fin mars en France et en Europe.
Album disponible chez tous les bons disquaires, et en ligne sur Amazon ou iTunes
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Toutes les dates de la tournée sur AaRON-world.org.

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