Roland Topor, heure de gloire du dessin de presse

Roland Topor est l’un des rares artistes qui a su pénétrer l’inconscient collectif de toutes les couches de la population, de tous les publics.

Vous avez peut-être même apprécié du Topor sans le savoir, que ce soit tout jeune avec Téléchat ou La Planète Sauvage, ou encore par l’entremise de son célèbre dessin réalisé pour Amnesty International qui montrait un homme à la mâchoire déformée par un coup de marteau… Voire de ses recettes dans Lui ! Ces quelques exemples sont les arbres qui cachent la luxuriante forêt d’un artiste multimédia avant l’heure et dont l’œuvre a conservé toute sa force.

Pas de panique, Topor revient !

Grâce aux efforts d’activistes comme Frédéric Pajak, dessinateur brillant, directeur des Cahiers Dessinés et d’Alexandre Devaux, commissaire de l’exposition en ce moment consacrée au versant « dessinateur de presse » de l’artiste, auteur de ce nouvel ouvrage tout entier dédié à l’homme au rire tonitruant, Topor revient par la grande porte.

Si son œuvre gigantesque et protéiforme (dessin, peinture, chanson, cinéma) enthousiasme de nouvelles générations par-delà les continents, c’est parce que, entre tragédie et comédie, elle touche l’universel de la condition humaine. Frédéric Pajak nous en dit plus sur cet artiste purement non-conforme.
 

Roland Topor, dessinateur de Presse

© DR Archives Nicolas Topor

Roland Topor, une vie de dessins

Lui. Qu’est ce qui a motivé tout ce travail d’édition récent autour de Topor, ainsi que son exposition à Paris ?
Frédéric Pajak.
Voilà environ six ans, je m’était dit que si on réfléchissait à la situation de la presse, qui était moins catastrophique qu’aujourd’hui, une problématique se posait sur la place allouée au dessin. Je connaissais bien les innombrables dessins de presse de Topor dispersés aux quatre coins du monde.

Un artiste contemporain de l’art contemporain qui ne fait pas d’art contemporain.

Le résultat prouve que Topor a réussi presque tout le temps à rester lui-même, sauf dans les Unes pour des journaux français, qui sont en général assez laides. Je pense à L’Événement du jeudi : là, le graphisme envahissait le dessin. Tout le contraire du New-Yorker où il n’y a pas de texte. C’est le dessin seul qui doit parler, mais en France on n’a jamais eu cette audace… En publiant une telle anthologie, on montre au passage dans quel état est le dessin de presse : le plus souvent réduit à de la caricature politique. C’est notre travail d’éditeur que de faire reparler de gens comme Gébé, Chaval, Copi et tous les grands dessinateurs : ce n’est pas un devoir, mais un plaisir de la mémoire.

Topor a touché à tous les domaines artistiques. Pourtant, il semble n’être toujours pas considéré comme un artiste à part entière.
Il est inclassable. C’est très compliqué en France, quand on est illustrateur pour la presse et exposé dans les galeries de facture assez classique. Il était aussi écrivain, dramaturge, acteur, auteur de chanson, peintre et j’en oublie…
 

 
Il est contemporain de l’art contemporain, une invention récente qu’il a côtoyée à travers ses amitiés avec pas mal d’artistes tels que Pol Bury, les membres du groupe Fluxus, Roman Cieslewicz dans l’affiche, Daniel Spoerri et Tinguely, même s’ils ne se connaissaient pas vraiment. Topor avait une place un peu à part dans ce mouvement, mais effectivement il ne fait pas de l’art contemporain. Son dessin est de facture classique et s’inspire de la gravure du XIX° siècle. On a créé la catégorie de l’humour noir rien que pour lui. Avec le personnage au chapeau très désuet qu’il dessina pendant plus de dix ans, il sortait de nulle part.
 
Roland Topor Dessinateur de presse
 
Quel était le rapport de Topor vis-à-vis de l’actualité dans les médias ?
Je ne peux parler à sa place, mais je remarque que ses premiers dessins de presse, qui furent publiés dans Bizarre et Hara Kiri, n’étaient pas des dessins d’actualité. Ces travaux étaient intemporels, héritiers d’une certaine forme de surréalisme à la Magritte, Afred Kubin et Bruno Schulz. Puis, assez rapidement, est arrivé Mai 68 et il s’est curieusement intéressé à De Gaulle ; il a réalisé des dessins extraordinaires comme celui du Général se faisant un 69 lui-même… Il a participé à la presse contestataire de l’époque, pour Action, L’Enragé pour qui il produisait des dessins très violents et politiques. Sa vision de de Gaulle est très métaphysique et n’a rien à voir avec ce qui se publie aujourd’hui sur François Hollande, des dessins vite faits au feutre et accompagnés d’un petit phylactère. Je ne pense pas que c’était un soixante-huitard, mais c’est Wolinski et Siné qu’ils l’ont persuadé de dessiner dans cette voie.

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