BD adulte et films coquins : le printemps des sorties

Nous sommes à l’heure d’été et dans les jardins, le printemps frappe à la porte. Les fleurs bourgeonnent, les abeilles vont reprendre leur butinage et il était donc temps d’accorder nos violons avec ceux de Mère Nature. Voici de quoi remuer vos pistils : des BD pour adultes et des DVD qui ne le sont pas moins placés sous le sceau de l’érotisme et de la sensualité, nos préférés parmi les sorties de ces dernières semaines.

Plusieurs nuances d’érotisme en BD
Démarrons en douceur ce panorama des récentes sorties érotiques. Disponible chez Ludovic Gombert Éditions dans un tirage de luxe grand format numéroté à 220 exemplaires signés par l’auteur et accompagnés d’un cahier graphique et de deux ex-libris, le tome 2 d’Une nuit à Rome fait mal au portefeuille (il coûte la bagatelle de 129 euros), mais ne manquera pas de réjouir les plus fleurs bleues d’entre vous. D’un trait gracieux, tout à fait raccord avec le sujet, Jim esquisse les retrouvailles dans la capitale transalpine d’amants qui avaient vécu une histoire d’amour passionnelle et s’étaient jurés de se retrouver 20 ans plus tard, après avoir soufflé leurs 40 bougies.
 

Une nuit à Rome croquis

Une nuit à Rome, © Ludovic Gombert éditions

Une nuit à Rome s’attarde sur les détails : la nature désarmante d’un sourire, la spontanéité d’un regard, le grain de la peau, les corps qui s’effleurent…

Plus que d’une allégorie du temps qui passe, Une nuit à Rome renvoie l’impression d’un spleen tenace ; d’une jeunesse révolue après laquelle il serait illusoire de courir, suivie de son cortège de regrets et d’actes manqués, mais que l’on se remémore comme si c’était hier. Cette bande dessinée porte son attention sur les moindres détails : la nature désarmante d’un sourire, la spontanéité d’un regard, le grain de la peau, les corps qui s’effleurent puis se mélangent ou le frisson de l’adultère ne sont que quelques-uns des ingrédients de la recette concoctée par Jim. Comme énoncé au détour d’une page, « les femmes de quarante ans sont les plus beaux fruits du jardin », mais leur vague à l’âme cache parfois des fêlures bien plus profondes…

Plus déjanté, Nancy in Hell : Voyage en Enfer est une BD adulte à plus d’un titre, un comic espagnol culte versant dans le fantastique et l’horreur, dont la toute première traduction française vient de paraître chez Graph Zeppelin. On doit cette œuvre au scénariste Juan Antonio Torres (El Torres-ndr) – fondateur de la revue Pulp – et à Juan-José Ryp, dessinateur aussi à l’aise dans l’érotisme (il a débuté sa carrière chez Wet Comix – magazine ibère polisson – et nous a livré l’indispensable Ignominia) que dans l’univers américain des super-héros (en 2010, il a repris en mains les péripéties de Wolverine pour la Marvel).
 

BD adulte : Nancy in Hell

Nancy in Hell, © Graph zeppelin

Pétri de références très bis et de l’amour des séries B de vidéo-clubs des 80’s/90’s, Nancy in Hell colle aux basques de Nancy Simmons : une action girl forte en gueule et sexy, presque féministe, qui manie la tronçonneuse comme personne et s’associe avec l’ange déchu Lucifer pour foutre un bordel pas possible en Enfer. Cela se ressent dans la forme-même de la BD, partagée entre cases surchargées, déluge de couleurs et outrances gore. Le sang est abondamment versé, sauf que derrière les épaisses couches d’hémoglobine, Torres et Ryp n’oublient pas de nous offrir une héroïne solide, finement caractérisée et aux formes amoureusement croquées. Nancy in Hell mène un train d’enfer (c’est le cas de le dire !) et son trop-plein d’énergie ne laisse pas au lecteur le temps de s’ennuyer, jusqu’à un final tétanisant.
 
Les bulles s’encanaillent

Witching Yours a tout d’une version sexuée de Harry Potter. On y suit de sublimes sorcières, girondes en diable et exagérément portées sur la chose.

Du côté de chez Tabou Éditions, un éditeur qui ne nous a jamais déçus, Witching Yours : Le labyrinthe des sorciers de Cosimo Ferri – l’homme derrière la série à succès Mara (trois volumes publiés chez Tabou) – peut s’envisager comme une version très sexuée de la saga Harry Potter. On y suit de sublimes sorcières, girondes en diable (l’art de Cosimo Ferri les faits ressembler à de lointaines cousines des pin-ups d’Aslan) et exagérément portées sur la chose. Entre saphisme et étreintes crapuleuses, elles rejoignent une école de magie où on leur inculque divers tours, comme charger un cristal en énergie sexuelle, mais aussi éviter les pièges du labyrinthe des sorciers et esquiver les assauts d’un Minotaure lubrique. Tout un programme !

Lectures frivoles, de son côté, ne pourrait sembler plus éloigné. Il s’inspire des classiques de la littérature libertine française du XVIII° siècle et prend la forme de cinq historiettes, dont les situations n’auront aucune peine à faire monter la température : de l’initiation (avortée) d’une jeunot auprès de Madame de Pompadour au récit des infidélités de Madame de Grandjouit – narrées pour entretenir la vigueur de son époux -, en passant par les délices d’une jolie veuve, transportée par la lecture d’ouvrages licencieux, un dédale de jardins propices au libertinage ou encore une nonne que les plaisirs capiteux rapprochent de Dieu. Ça, c’est de l’élévation spirituelle !
 

Bd adulte Lectures frivoles

Lectures Frivoles © Tabou éditions

Il y en a pour tous les goûts, à l’image des trois nouveaux titres accueillis par la collection Cinéma Érotique Français de Bach Films (nous vous avions parlé de celle-ci dans un article émaillé d’une interview de Gérard Kikoïne). Ils sont tous proposés en version soft (de ce temps-là, les films coquins étaient souvent tournés en deux versions : soft et hard-ndr), car Francis Mischkind veille jalousement sur les versions explicites des films du catalogue Alpha France.

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