Katana, nanars et création : Céline Tran (ex Katsuni) tchatche avec Lui

Y a-t-il une vie après le porno ? Céline Tran, plus connue pendant dix ans sous son pseudo d’actrice X Katsuni, prouve avec une belle énergie qu’il peut y en avoir plusieurs.

Depuis l’arrêt de sa carrière en 2013, Céline Tran multiplie les projets qui la re-dessinent en nouvelle égérie des geeks : aspirante actrice de films d’action, habituée des salles de sport, bonne camarade de François Descraques (le créateur de la série SF française à succès Le Visiteur du Futur) et coscénariste (avec Run) de la BD Heart Breaker. Dans cette dernière, une certaine Celyna fait son petit effet en guerrière vengeresse, entre Kill Bill et Une Nuit en Enfer. On a rencontré l’hyper-active artiste et parlé sport, séries TV et ninjas.
 
Céline Tran en interview dans Lui

Céline Tran a faim. Attablée dans une brasserie parisienne, elle décide d’emblée de commander une assiette de légumes vapeur à 18 heures. « Je viens de m’entraîner pendant quatre heures pour une démo de katana artistique », se justifie-t-elle. Le thème de l’appétit viendra d’ailleurs dominer notre conversation : Céline Tran a envie de beaucoup de choses dans la vie. Mais pas comme pour un buffet à volonté. Plutôt comme un menu à plusieurs services, avec des étapes et des règles.

Lui. Quatre heures de katana ? Ça va sinon ?
Céline Tran.
Je suis un peu fatiguée, mais dans le bon sens du terme… C’est pour ça que j’adore m’entraîner. Ça dégage de l’adrénaline et des endorphines, une excitation physique et un apaisement. C’est de la fatigue mais en même temps, on plane. C’est proche de l’activité sexuelle.

« J’ai eu ma période gothique où, forcément, je lisais The Crow. »

Le sport, c’est important pour toi ?
Je fais un peu de boxe pour travailler le cardio, mais pas forcément en combat. Je vais en salle de sport pour la musculation. En sport, je me fixe des objectifs : là, c’est pour me filmer dans des démos pour des réalisateurs. J’ai besoin de relever des défis à chaque fois. Aujourd’hui, c’est le katana, la prochaine fois, ce sera autre chose. En attendant les tournages, j’ai besoin d’être active.

C’est autant pour le plaisir de progresser que d’être en mesure de faire des images. Il est hors de question de se tourner les pouces. Comme j’ai été spécialiste d’un certain registre pendant un certain nombre d’années (Sourire), les gens ne me voient pas forcément dans des rôles « traditionnels ». C’est à moi aussi de montrer du concret.

Tu as passé du temps en Californie pour ta carrière dans le X. C’est la culture du corps là-bas qui a déteint sur toi ?
Je n’avais pas trop cette discipline du temps du porno. J’avais fait du karaté étant ado et j’ai arrêté à mes études. À partir du X, j’ai tout arrêté car c’est un métier où tu voyages beaucoup. Et c’est une activité physique qui demande beaucoup d’investissement (Rires). C’est vrai qu’il y a un culte du corps à Los Angeles, mais j’ai toujours fait du sport en puriste, pas dans l’idée de sculpter mon corps. Évidemment, il y a une satisfaction à ça mais ce n’a jamais été ma motivation première.

Le sport est un moyen. J’ai plaisir à faire de la musculation car cela va me rendre plus performante pour la suite. Et je ne peux pas concevoir l’activité physique sans passion. La danse de salon en est par exemple devenue une : je voulais juste faire du paso doble au début et je me suis retrouvée à danser tous les styles, à aller dans une école de danse ou faire de la compétition. Le sport a aussi pour moi été un moyen de tourner la page du X.
 

 
En parlant de transition, de reconversion post-X, tu n’as pas fait le choix de la retraite mais de rester dans l’œil du public d’une autre façon…
Il n’y a que les choix qu’on se donne. Certaines actrices retrouvent l’anonymat et s’y font bien. Elles ont fondé un foyer ou trouvé un bon travail. Elles se sont découvertes un potentiel qu’elles ne soupçonnaient pas à l’époque du porno. Forcément, personne n’en parle. Il y avait eu Rhabillage, un documentaire télé de l’ex-hardeuse Ovidie qui exposait les problèmes de reconversion des actrices X et sur lequel j’avais réagi quand je contribuais au site Le Plus pour L’Obs. C’est vraiment un serpent qui se mord la queue. Quand tu continues de te présenter sous ton pseudo, c’est ambigu. Il faut juste arrêter. C’est une erreur de se dire « J’arrêterai quand je trouverai quelque chose de mieux ». Il faut tout lâcher pour reprendre à zéro.

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