Peut-on se permettre de ne pas lire tous ses mails ?

Comment survivre à la vie de bureau ? Les astuces de Quentin Périnel.

Fourbu, après une énorme journée de boulot, il est de bon ton de décompresser avec une bonne soirée TV. Au moment de vous coucher, vous checkez une dernière fois – grave erreur ! – votre smartphone, et vous vous apercevez que le chiffre « 32 » est inscrit en rouge sur votre boîte mail. 32 mails non lus.

3… 2… 1… 0 mails non lus. Enfin. Il est minuit et vous avez fini votre seconde journée de travail.

Évidemment, si une grande majorité d’entre eux n’ont pas grand intérêt (mais si, vous savez, ceux que vous effacez avec dédain en un coup de pouce !) quid de celui – important celui-ci ! – que vous pouvez potentiellement recevoir de votre boss, d’un client, d’un collaborateur… Que faire alors ? Se vautrer sous la couette et commencer à ronfler ? Tentant. Mais ce laxisme et ce manque de sérieux peuvent vous porter préjudice. Certes, se reposer est nécessaire à la productivité, et envoyer le message « je ne suis pas joignable » peut vous permettre de garder forme et enthousiasme. La frontière est ténue entre « je travaillerai demain » et le plus classique je m’en foutisme qui, jusqu’à preuve du contraire, n’est pas le meilleur message à envoyer à son supérieur…

Vous voyez d’ici la tuile qui risque de vous tomber dessus si jamais vous ratez une info capitale. Vous rallumez.

Alors que faites-vous ? Et bien après avoir éteint la lumière en vous convaincant que vous lirez tout cela à tête reposée demain matin, que rien ne presse, que tout ira bien… vous ne parvenez décidément pas à être tranquille. Vous voyez d’ici la tuile qui risque de vous tomber dessus si jamais vous ratez une info capitale. Donc vous rallumez. Et vous les checkez, un par un. 26… 14… 3. Tiens, ce boute-en-train de Patrick – qui est accessoirement votre supérieur – vous demande de lui transférer un mail quelconque, qu’il aurait pourtant dû recevoir. Mais si vous ne le faites pas avant demain matin, vous savez qu’il y a de fortes chances pour qu’il vous souffle dans les bronches. Donc vous répondez. 2… 1… 0 mails non lus. Enfin. Il est minuit et vous avez fini votre seconde journée de travail : celle qui se déroule entre la sortie du bureau et le moment où vous n’avez plus de mails auxquels répondre. Le moment où le chiffre « 0 » s’affiche. Le compte à rebours est terminé. C’est la garantie de la tranquillité.

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Volkswagen a compris que stresser ses employés du matin au soir n’était pas la bonne solution.

Cette obsession est vécue par beaucoup de cadres, qui sont accros à leurs mails ET à leur smartphone. Un employé français lambda passe 2 heures par jour à gérer sa boîte mail. Usant, d’autant que 38% par jour reçoivent plus de 100 courriels par jour. Et les entreprises qui offrent gracieusement des smartphones de fonction dernier cri n’arrangent rien. C’est l’assurance que les collaborateurs auront toujours un pied au boulot. Difficile de se permettre, alors, de ne pas regarder délibérément sa boîte de réception… sans avoir l’impression de manquer de loyauté envers ses collègues et son entreprise. Pourtant, certains semblent avoir compris que stresser ses employés du matin au soir n’est pas une bonne solution. En Allemagne, Volkswagen a par exemple entrepris de mettre en place une « trêve » de 18h15 à 7h le lendemain matin. Du soir au matin, les serveurs de l’entreprise arrêtent de diriger les courriels vers les BlackBerry de chaque collaborateur. Le problème est résolu. Vous savez que vous ne recevrez rien, et vous pouvez dormir sur vos deux oreilles. Mieux encore : vous savez que vos collaborateurs aussi ne recevront rien, et que vous êtes informés au même niveau qu’eux. Car n’oublions pas que cette obsession du « 0 » se caractérise par deux éléments : d’un côté le fétichisme des chiffres, et de l’autre la peur bleue de rater quelque chose d’important.
 
Parvenir à « l’inbox 0 » est comparable à la quête du Graal. Il existe même un coaching pour atteindre cet idéal. Randi Zuckerberg (sœur de Mark et fondatrice de Zuckerberg Media) a d’ailleurs publié une tribune à ce sujet, où elle dispense ses conseils pour y arriver : annulez les mails de notifications, désinscrivez-vous des newsletters que vous ne lisez pas, identifiez les groupes, sites qui vous spamment chaque jour… Randi Zuckerberg propose d’organiser une sorte d’apéritif entre collègues, où l’on boit du vin et où l’on écoute de la musique, dans un but commun : celui de se rapprocher de ce symbole ultime de la productivité, qu’elle compare à un grand nettoyage de printemps. La publication de cette chronique un 21 mars est peut-être le signe qu’il est temps de vous y mettre aussi… avant qu’il ne soit trop tard ?

Quentin Périnel est journaliste. Il nous dispenses ses conseils pour survivre à la vie de bureau. Retrouvez ses précédentes chroniques, « Peut-on se permettre d’écrire bisous à la fin de ses mails ? » ici ou « Peut-on se permettre de fouiller le bureau d’un collègue », là.

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