Peut-on se permettre de fouiller le bureau d’un collègue ?

Quentin Périnel vous aide à naviguer entre supérieurs pressés, collègues avenants et open-spaces agités.

« Qui a touché à mes affaires ? » vous agaciez-vous – peut-être ! – auprès de vos parents,  après avoir découvert que tel ou tel objet avait disparu de votre bureau, ou qu’un tiroir avait été laissé entrouvert… et quinze ans plus tard, ça recommence ! Les espaces et les affaires personnelles, c’est sacré. Pareil au boulot. Sauf que dans ce cas précis, l’espace personnel se réduit comme peau de chagrin. Dans un open-space, vous avez un bureau avec un ou deux tiroirs, et… des dizaines d’autres tous apparemment identiques, partout autour. Votre espace de travail n’a jamais été aussi vulnérable. Même si, dans certaines entreprises, on sépare les bureaux de vitres opaques en plexiglass pour donner l’illusion d’une infime intimité… Au bureau, vous êtes vulnérable, et toutes les bricoles (clopes, casque audio, tickets restau, bouquins) que vous laissez traîner dessus le sont aussi. Il y a quelques temps, un ami me confiait que dans sa propre entreprise, en pleine journée, un de ses collègues s’était fait voler son Macbook qu’il avait eu le malheur de laisser traîner sans surveillance. Une autre amie m’a avoué que, dans la banque où elle travaille, il est de bon ton de piquer la nourriture de ses collègues dans les tiroirs… Pire qu’au CM2 ! Voilà pour la partie prévention. Vous ne pourrez plus dire que l’on ne vous a pas prévenu.

Mais ne dramatisons pas. Essayons plutôt de comprendre. L’accès a votre bureau n’a jamais été aussi simple. Soit. Mais pourquoi un collègue voudrait-il fouiller votre bureau ? (Sans parler de vous piquer votre quatre heures, naturellement.) En votre absence, votre collègue peut avoir besoin de n’importe quel objet : paire de ciseaux, clé USB, chargeur d’iPhone… Un manque qui rend légitime une intrusion dans votre bureau. Voire dans votre ordinateur ! Si il lui manque un dossier, un papier, un planning, ou n’importe quel document professionnel, un collègue n’aura aucun scrupule à s’installer à votre bureau, et à naviguer sur votre ordinateur… Et gare à vous si vous avez laissé quelque chose de personnel. Car une violation « légitime » de votre espace, pour une raison professionnelle peut vite déraper : « tiens, il a laissé sa clé USB branchée… Il y a peut-être des trucs marrants… » La curiosité est humaine. Elle a donc de bonnes chances de l’emporter sur les règles que, bon an mal an, nous érigeons pour ajuster notre vie en commun. Et là, pour peu que vous ayez conservé une séance de photos de votre moitié, ou je ne sais quelle vidéo litigieuse… Les ragots à votre sujet commenceront dans la seconde ! On peut aussi fouiller pour le plaisir de fouiller. D’une façon générale, c’est la saison estivale – où les bureaux sont souvent aussi vides que le rues de Paris un lendemain de nouvel an – qui est le plus propice à la visite en détail de sa propre entreprise. C’est presque un jeu. Les couloirs déserts vous laissent une liberté complète. Le « corporate-snooping », pour reprendre l’expression formulée par David Abiker, peut alors commencer. Gare donc à l’été indien : lui aussi sait réserver des surprises.

Snooping Businessman Holding Glass to Wall

 

Image Why lead now

Peut-on fouiller le bureau d’un collègue alors ? Légalement, la réponse est oui ! « Tous les documents dont dispose un employé dans son entreprise sont présumés professionnels, sauf s’ils sont directement identifiés comme étant personnels. » Ainsi, une cadre de la SNCF a été licenciée par qu’un supérieur a découvert dans un tiroir, une enveloppe contenant des billets de train promotionnels qu’elle avait détournés.  L’employeur a remporté le procès, et l’employée fautive a été licenciée. Comme pour les mails, l’employeur a droit de regard si vous ne spécifiez pas le caractère « privé » de la conversation… N’hésitez plus. Pour être tranquille, placez des étiquettes « PRIVÉ » sur tous vos tiroirs et toutes vos boîtes. Y compris, (surtout ?), sur vos paquets de gâteaux…

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