Autopsie d’un giallo : Torso, quand tombent les filles…

Chaque mois, retrouvez « la casa d’Alan Deprez », pour amateurs de cinéma fantastique, étrange, effrayant, sexy ou dérangeant. Aujourd’hui découvrez Torso, petit précis de perversité et de cruauté, réédité en édition limitée de 1 000 exemplaires chez The Ecstasy of Films. Attention chérie, ça va couper !

Torso synthétise l’essence du giallo avec ses tueurs iconiques à l’allure fétichisée.

Torso est un fleuron du giallo, un des genres-phares du Bis transalpin, pétri de suspense et s’appuyant sur des mécanismes narratifs retors, proches du whodunit. L’essence giallesque est synthétisée par ses tueurs iconiques à l’allure fétichisée : les gants de cuir noir, de longs impers, les armes blanches transperçant la chair (un symbole phallique des plus limpides) et/ou d’autres attributs reconnaissables – tel le casque de moto du meurtrier de Nue pour l’assassin (Nude per l’assassino, Andrea Bianchi, 1975) – sont autant d’éléments incontournables.
 
Torso Giallo film horreur
 
Et pourtant, Torso n’est pas le premier titre qui vient à l’esprit lorsqu’on se prend à énumérer les chefs-d’œuvre du giallo. Beaucoup préféreront se remémorer les gialli stylisés d’un Dario Argento alors au sommet de son Art (L’oiseau au plumage de cristal, 4 mouches de velours gris, Les frissons de l’angoisse…), les films de machination d’Umberto Lenzi (Orgasmo, Si douces, si perverses, Le tueur à l’orchidée, Spasmo…) ou encore les œuvres séminales qui ont pavé la route du genre (6 Femmes pour l’assassin de Mario Bava, pour ne citer que lui).

Des poupées à démembrer
On doit Torso à un solide artisan, Sergio Martino, à la carrière riche de films chers au cœur des bissophiles (ce sont des cœurs d’artichaut, tout le monde le sait !), dont Toutes les couleurs du vice (Tutti i colori del buio, 1972), La montagne du dieu cannibale (La montagna del dio cannibale, 1978) – avec une Ursula Andress délicieusement gironde ! -, Le continent des hommes poissons (L’isola degli uomini pesce, 1979) et Le grand alligator (Il fiume del grande caimano, 1979).
 

Torso Giallo film horreur

© The Ecstasy of Films

Produit par le nabab Carlo Ponti (Le mépris, Le docteur Jivago, Blow Up), Torso donne le ton dès ses premières minutes : l’œuvre sera d’un érotisme mortifère et d’une sensualité fiévreuse, ou ne sera pas. Et de fait, à l’instar de nombreux slashers (ce giallo peut d’ailleurs s’envisager comme un précurseur du genre précité), le tueur encagoulé de Torso ne tarde pas à punir les jeunes adultes qui ont cédé à l’appel de leurs hormones… Jean-François Rauger (directeur de la programmation de la Cinémathèque française) l’énonce avec à propos dans un des bonus des présentes éditions : Torso oscille constamment entre violence, refoulement et débauche (la notion catholique de péché est cruciale). L’excitation du spectateur en elle-même est à la fois provoquée et réprimée.

Torso donne le ton dès ses premières minutes, entre érotisme mortifère et sensualité fiévreuse.

Comment pourrait-il en être autrement ? Chaque giallo s’enorgueillit de la présence de magnifiques actrices, sculpturales et dont les traits fascinants passent par l’ensemble du spectre émotionnel. Il s’agit surtout ici de la sublime Suzy Kendall, inoubliable héroïne de L’oiseau au plumage de cristal (L’uccello dalle piume di cristallo, 1970) – revue plus tard dans l’excellent Spasmo (1974) – et de la non moins désirable Tina Aumont, remarquée dans le courant des années 70 chez Mauro Bolognini (La grande bourgeoise), Tinto Brass (Salon Kitty), Fellini (Le Casanova de Fellini) et Vincente Minnelli (Nina), puis aperçue chez Jean Rollin (Les deux orphelines vampires, 1997). Pour l’anecdote, on la retrouve aussi – au côté de la diva transgenre Ajita Wilson – dans l’improbable Parties déchaînées (La principessa nuda, Cesare Canevari, 1976) et dans le court-métrage culte Marquis de Slime (Quelou Parente, 1997).
Le meurtrier ne s’y trompe pas ; nul besoin de lui forcer la main pour qu’il dénude ses victimes et tâte leur (généreuse) anatomie.
 

Torso Giallo film horreur

© The Ecstasy of Films

Comme de coutume, les mises à mort brutales et inventives s’égrènent (un régal pour les connaisseurs !), ainsi que la liste des suspects potentiels. Parmi eux, se démarque le charismatique Roberto Bisacco, une des stars du Camille 2000 de Radley Metzger et du Stavisky… d’Alain Resnais.

Le meurtrier de Torso ne se fait pas prier pour désaper ses victimes et tâter leur anatomie.

Dernier giallo tourné par Sergio Martino, Torso ne cherche pas à masquer l’influence de Sir Alfred Hitchcock (une femme seule livrée aux pires turpitudes, la dialectique des corps/cadavres plus ou moins encombrants et figurant au centre des enjeux, etc.). Pour Rauger : « Le giallo est une forme dégradée (on pourrait même oser « décomplexée »-ndr) du suspense hitchcockien. »

L’œuvre de Martino doit beaucoup à la brillante B.O. des frères Guido et Maurizio De Angelis – ce « lyrisme structurant » propre aux productions italiennes de l’époque dont parle Jean-François Rauger -, qui impulse le rythme du film. Au spectateur de dénouer les fils du récit et de recouper les indices parcimonieusement disséminés (je ne dirai rien !), pour espérer percer à jour l’identité de l’assassin avant la révélation finale. Vous l’aurez compris : au même titre que d’autres pépites du giallo, Torso allie ludisme et plaisir des yeux.
 
Torso Giallo film horreur
C’est ici pour commander Torso en Blu-ray ou en DVD.

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