Rocky IV, quand l’Amérique tabassait

Un film peut-il changer le monde ?

Héros reaganien contre méchant à la James Bond: la Guerre Froide a transformé le nanar en classique.

Un mauvais film peut-il changer le monde? C’est la question très sérieusement posée dans le documentaire très instructif réalisé par Dimitri Kourtchine Rocky IV, Le Coup de Poing Américain (diffusé sur ARTE ce 11 octobre à 22h10). Kourtchine, journaliste et coauteur notamment du documentaire Apple, La Tyrannie du Cool, était la bonne personne pour se pencher sur le dossier.
 

 
« J’avais le profil pour tenir Rocky IV à bonne distance, étant né en Union Soviétique et installé en France depuis plus de vingt ans. » nous confie-t-il. « C’est un film somme : pendant près de 95% du temps, il est tout ce qu’ont été les années 1980, c’est-à-dire dans le combat idéologique, mais aussi le style clinquant… j’ai essayé de faire un film dépassionné ».

En effet, après le Rocky inaugural (1976) qui lança la carrière de Sylvester Stallone, le quatrième de la série (1985), réalisé par Stallone himself, est certainement le plus culte. Vous confondez souvent Rocky II et Rocky III — avant que vous ne posiez la question, oui, Mr T joue dans le troisième. Vous avez oublié Rocky V. On ne vous en veut pas car même le scénario de Rocky Balboa (le sixième et dernier en date) essaie de planquer le souvenir de son prédécesseur sous un tapis.
 
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Mais Rocky IV, c’est le choc des titans : Balboa contre le boxeur russe Ivan Drago, Stallone contre le Suédois Dolph Lundgren, les États-Unis contre l’URSS et une litanie de scènes et répliques mémorables (souvent pour de mauvaises raisons). Living in America chanté par James Brown comme si sa vie en dépendait. Le « Je vais te briser » promis par Drago à Rocky. Le discours de ce dernier sur le mode « le changement, c’est maintenant », applaudi par un sosie de Mikhaïl Gorbatchev. Dans les salles parisiennes d’alors, on applaudit aussi Rocky comme on irait voir Jean-Jacques Goldman en concert.

Pourtant, le film est considéré comme le pire de la franchise. Il écope déjà à l’époque de neuf nominations aux Razzie Awards (les Oscars des Pires Films) et en récolte cinq dont « Pire Acteur » et « Pire Mise en Scène » pour Stallone (qui était sûr de ne pas repartir bredouille vu qu’il cumulait aussi des nominations pour Rambo II, sorti la même année).

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