Lou de Laâge et Joséphine Japy racontent « Respire », de Mélanie Laurent

Pour son deuxième long métrage, Mélanie Laurent raconte l’histoire d’une camaraderie passionnelle qui vire au harcèlement…

Les deux interprètes principales du deuxième film de Mélanie Laurent racontent le tournage… Et les amitiés féminines qui tournent mal.

Ce film susceptible de bouleverser votre copine pendant que vous vivrez l’expérience d’un thriller psychologique intense, au travers d’une amitié féminine si fusionnelle qu’elle en tourne mal, nous fait découvrir deux jeunes comédiennes étonnantes de nuances et de conviction, que nous avons voulu rencontrer : Joséphine Japy qui incarne dans ce récit à fleur de peau, Charlie, une lycéenne introvertie en mal d’affection et Lou de Laâge qui y endosse le rôle de Sarah, la perverse manipulatrice. Elles nous parlent d’elles, de leurs personnages… Et de manipulation.
 

Respire film Mélanie Laurent

© Alice Dardun

Joséphine, comme Charlie avez-vous déjà vécu une relation amicale passionnelle et toxique ?
Joséphine Japy. J’ai eu la chance de ne pas vivre cela. Mais j’ai pu l’observer dans mon entourage et cela m’a inspirée pour le personnage de Charlie. J’ai eu le sentiment que la personne manipulée était en train de devenir folle. En tant que témoin, j’avais un certain recul. Si je l’avais vécu, je ne l’aurais pas retranscrit de la même manière.

« C’est un cadeau pour une comédienne de retranscrire le vice humain. »

En me renseignant sur ces types de relations, j’ai été marquée par le fait qu’il n’y a aucun travail réalisé sur le « après » des victimes : comment ils ou elles font pour s’enfuir, pour se reconstruire… Me rendre compte qu’on ne sait pas comment fonctionnent les victimes, qu’il n’y ait rien pour les aider à stopper la manipulation… m’a encore plus confortée dans l’idée que ce film est important. Le tournage a été très prenant car le personnage de Charlie était présent tous les jours sur le plateau. Le matin je devais être joyeuse, l’après-midi dépressive, le soir dévastée. C’était très physique de tenir tous ses états sur la durée.

Lou, qu’est-ce qui vous a donné envie de jouer le rôle de Sarah ?
Lou de Laâge.
C’est un cadeau pour une comédienne de retranscrire le vice humain. En me documentant sur les pervers narcissiques, j’ai constaté que le scénario de Mélanie Laurent était extrêmement bien écrit. Elle y retranscrit les trois phases par lesquelles ils passent : la séduction, la dévaluation puis l’abandon. Je devais simplement retranscrire la vérité de Sarah dans chacune des situations, en oubliant si elle avait pu être gentille ou méchante juste avant.
 

Respire film Mélanie Laurent

© Jérôme Plon

« Le sentiment amical, surtout chez deux jeunes filles de cet âge là, se rapproche de quelque chose de très physique. »

Joséphine, dans certaines scènes du film vous regardez Sarah avec tant de passion qu’on a l’impression qu’il s’agit d’amour… Selon vous la passion amicale est en fait très proche des sentiments amoureux ?
Joséphine Japy.
C’est effectivement très proche, à la grande différence qu’il n’y a pas d’envie sexuelle. Le sentiment amical, surtout chez deux jeunes filles de cet âge là, se rapproche de quelque chose de très physique. On a envie de toucher cette amie, d’être à ses côtés tous le temps, on connaît son odeur par cœur.

L’inefficacité de la mère de Charlie, témoin de ce harcèlement, est frappante. À quoi cela est-il dû ?
Joséphine Japy.
Ce qui est intéressant c’est le jeu de miroir que Mélanie Laurent a instauré dans la vie de Charlie. Elle a un père qui fait des allers-retours à la maison et qui manipule sa femme. Quand Charlie se retrouve confronté au jeu pervers de Sarah, sa mère (Isabelle Carré) est incapable de l’aider. On comprend que ces histoires de manipulations n’ont pas d’âge. On est aussi démuni à dix-sept ans qu’à quarante ans.
 

Respire film Mélanie Laurent

© JÉRÔME PLON

Pourquoi Charlie pardonne-t-elle toujours à son bourreau ?
Lou de Laâge.
Charlie ne peut pas être dans la réflexion car, avec Sarah, elle a été trop vite dans le fantasme. Sarah lui a fait croire qu’elle était ce qu’il y a de plus beau. Charlie n’a même pas le temps de réaliser que c’est trop beau pour être vrai qu’elle est déjà happée par Sarah. Au moment où Sarah commence à la dévaluer il est trop tard, c’est comme si elle ne pouvait plus vivre sans Sarah.

Joséphine Japy. Les victimes finissent par se demander si elles mêmes n’ont pas provoqué ce qui leur arrive et si elles ne sont pas en train de devenir folles. Les pervers ont un grand pouvoir de culpabilisation.

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