John Landis, l’homme qui changea Michael Jackson en monstre

Puis, vous opérez un changement radical… Dans les années 80, vous multipliez les comédies avec des stars rompues à l’exercice (Eddie Murphy, Dan Aykroyd, Chevy Chase…), telles Un fauteuil pour deux (Trading Places, 1983), Drôles d’espions (Spies Like Us, 1985) et Un prince à New-York (Coming to America, 1988) avant d’offrir en 1991 un contre-emploi total à Sylvester Stallone, avec la comédie mafieuse Oscar (oui, ce film tiré de l’Oscar de Louis de Funès et titré en français L’embrouille est dans le sac, ndlr) !
La collaboration avec Stallone s’est déroulée à merveille. Sly est un mec intelligent, loin de la brute que l’on imagine. Un peu voyou, il tente de vous intimider, alors il faut parfois l’envoyer se faire foutre ! (Rires) Ce truc marche avec chaque petite frappe.

Au bout du compte et avec tout le respect que je lui dois, j’ai été un peu déçu par sa prestation dans Oscar. Je cherchais un acteur de la trempe d’Edward G. Robinson ou James Cagney (monstres sacrés du film noir-ndlr), qui dégage quelque chose de fort et s’empare instinctivement de l’espace. Mais Sly n’y parvenait pas, même s’il a beaucoup travaillé. Surtout qu’il était entouré d’acteurs magnifiques… Je me souviens qu’il s’était passé quelque chose d’amusant à une projection-test. J’avais conçu Oscar comme s’il avait été réalisé en 1932. Et un spectateur a écrit sur sa fiche : « pourquoi Stallone ne se met-il pas torse nu et qu’il ne sort pas les flingues pour tuer quelqu’un ? » On a tous pensé : « nous sommes bien baisés ! » Les aficionados de ce genre d’œuvres n’iraient jamais voir un film avec Sylvester Stallone. Et devant Oscar, les fans de Sylvester Stallone se demanderaient où sont les explosions et pourquoi il ne casse la gueule à personne ! Pourtant, ce film m’est cher et la distribution fabuleuse : Peter Riegert, Tim Curry, Eddie Bracken, Kirk Douglas… ça n’en finit pas !

Les lois de Murphy

On a souvent tendance à l’oublier, mais vous êtes aussi à l’œuvre sur un des plus notables films d’action des années 90 : Le flic de Beverly Hills III (1994).
C’était étrange de retrouver Eddie après Coming to America (Un prince à New-York). Nous nous étions quittés en sérieux désaccord. Quand la Paramount m’a appelé pour me proposer Beverly Hills Cop III, je leur ai demandé qui allait reprendre le rôle d’Eddie Murphy. J’emmerdais ce gars ! Ils ont organisé une réunion et j’ai dit à Eddie que si on le faisait ensemble, il ne pouvait plus être en retard, faire des caprices, etc. Et il a été très professionnel en acceptant le deal.

« Eddie Murphy était jaloux de Denzel Washington, Wesley Snipes et Samuel Jackson. »

Néanmoins, je ne le trouve pas drôle du tout dans le film. Je ne sais pas ce qu’il avait, mais il refusait de l’être… C’était compliqué car je lui proposais des gags supplémentaires et il n’en tenait pas compte. Initialement, c’était un bon scénario, mais je voulais l’améliorer. Au final, ça m’a pris un certain temps pour comprendre qu’il était tout simplement jaloux de Denzel Washington, Wesley Snipes et Samuel Jackson. Toutes ces stars de films d’action. Il voulait être leur égal, c’est pourquoi, par la suite, il a rempilé sur d’autres action movies. Le flic de Beverly Hills III me semble bizarre et bancal. Il ne fait pas rire. Quelques éléments me plaisent encore, comme ce décor de Disneyland détraqué et le fait que j’ai embauché les frères Sherman (Richard et Robert-ndr) pour écrire la chanson « The Wonderworld Song ».

Sans jamais quitter le cinéma, le cinéaste passe ensuite par la télévision (rien de moins que Code Lisa, Sliders : les mondes parallèles, et Dream On ou ou le clip « Black or White », toujours de Michael Jackson). Vous vous êtes d’ailleurs particulièrement illustré au petit écran avec deux épisodes de la série Masters Of Horror. Son dernier film ? l’étrange Burke and Hare (Cadavres à la pelle, 2010), inspiré de faits divers crapoteux (les « West Port murders ») ayant éclaboussé l’Ecosse au XIXème siècle : une comédie historique à l’humour très noir, portée par Simon Pegg (Shaun dans Shaun of the Dead) et Andy Serkis (Gollum puis King Kong dans les films de Peter Jackson) :

Vos derniers héros en date ont pour activité principale de voler des cadavres pour les revendre à des morgues… Et pour trouver ces corps, ils préfèrent tuer directement des passants innocents…
Barnaby Thompson de Ealing Studios m’a soumis le script de Burke and Hare. Après lecture, je l’avais presque jugé « inapproprié ». Mais au final, le concept de faire une comédie romantique sur la base de ces déchets humains (des tueurs au sang froid) me semblait si pervers que ça m’a attiré…

En dépit du fait que l’on dénombre des tas de « Burke and Hare movies » (pour la plupart mauvais et horrifiques), l’ironie était que pour réussir une comédie romantique, le spectateur devait ressentir de l’empathie pour ce duo de criminels —qui ont réellement existé ! Dans le film, rien n’est caché et nous comprenons parfaitement ce qu’ils font, mais on se doit de les aimer. C’est tellement scandaleux ! Qui plus est, cela me permettait d’esquisser d’autres sujets, en sous-texte de la trame principale. J’y parle de capitalisme, de la révolution industrielle, de l’évolution des sciences et de la médecine, etc.

J’avais donc besoin de deux acteurs qui resteraient sympathiques aux yeux du public. J’étais fan de Simon Pegg dans la série anglaise Spaced (Les allumés en français) et dans les films d’Edgar Wright (Shaun of the Dead, Hot Fuzz…). Il dégage une telle impression de bonté. C’est un bien meilleur acteur que ce qu’il croit ! Et par le passé, Andy Serkis n’avait jamais joué de personnages positifs (sauf peut-être King Kong). Il occupe toujours les rôles de « bad guys ». J’aimais aussi l’idée que Lucky (Jessica Hynes) et William Hare (Andy Serkis) soient unis par les liens du mariage, mais restent fous d’amour l’un pour l’autre. Ils sont si passionnés, baisent comme des lapins ! (Rires) On ne voit jamais cela au cinéma, quand il s’agit d’un couple marié depuis longtemps. Excepté dans les années 30 et l’excellent film The Thin Man (L’introuvable, 1934), où Myrna Loy et William Powell sont un couple marié. Ils sont constamment ivres, mais restent raides dingues l’un de l’autre ! Ça, ça me plaît !

John Landis interview

© DR

Merci au maestro John Landis, ainsi qu’à Jonathan Lenaerts et à l’organisation du BIFFF (Brussels International Fantastic Film Festival). Sans oublier mon « buddy d’interview » Sébastien Lecocq, Nicolaos Zafiriou (pour la captation vidéo de la rencontre) et Damien Taymans.

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