Bérénice Bejo : « Dans les films français, on ne parle pas des conflits qui ne sont pas les nôtres. »

Dans The Search de Michel Hazanavicius, Bérénice Bejo incarne une touchante militante des droits de l’homme prise au cœur du conflit tchétchène : Carole, son personnage qui travaille pour la Commission Européenne, illustre l’impuissance de l’Europe à réagir pour protéger les populations civiles.

Nous avons rencontré l’actrice Césarisée pour The Artist et qui n’a pas fini de faire parler d’elle…

LUI. Ce rôle d’héroïne engagée, vous en rêviez ?
Bérénice Bejo.
Je viens d’Argentine et, sous la dictature, ma mère était très engagée contre la junte militaire. Elle a écrit ce qu’elle pouvait pour ne pas se laisser écraser par la révolution et s’est beaucoup investie pour que les intellectuels continuent d’exister. Avec mes parents et ma petite sœur, nous avons dû fuir l’Argentine, j’ai donc baigné dans un environnement où la politique faisait partie des conversations quotidiennes.

« Pour moi, Bérénice Bejo n’existe pas vraiment. Ce que voient les gens c’est une image, ce n’est pas moi. »

Pour toutes ces raisons, j’ai toujours eu envie de jouer des rôles d’héroïnes. En outre, Carole est un personnage qui a une dimension différente de ce que j’avais pu trouver jusqu’ici dans les scénarios en France. Je suis heureuse d’avoir eu ce rôle car, dans les films français, on ne parle pas assez des conflits qui ne sont pas les nôtres, de l’engagement politique, de la lenteur et de la lourdeur du système administratif.
 

Bérénice Bejo interview the search

© La Petite Reine / La Classe Américaine / Roger Arpajou

Quels sont vos rapports avec votre mari Michel Hazanavicius lorsqu’il vous dirige sur un plateau ?
C’est le troisième film que nous faisons ensemble. Nous sommes désormais habitués à nous voir sur un tournage. Nous travaillons ensemble tous les deux ans, dès qu’il fait un film. Cela nous fait extrêmement plaisir. Vivre une expérience commune est quelque chose d’agréable qui redonne du souffle au couple… et de l’admiration. Je l’ai vu se sortir de situations compliquées, trouver des astuces pour diriger les acteurs… C’est agréable de voir la personne que vous aimez aller au charbon et devoir se battre. Nous travaillons avec la même équipe depuis OSS 117.

Par conséquent, sur le plateau ce n’est pas juste Michel et moi, un couple en interaction avec des inconnus, mais tout un ensemble. Guillaume Schiffman, le chef opérateur, c’est mon cinquième film avec lui, ses techniciens je les connais depuis 8 ans. Quand je joue, c’est face à Michel, mais aussi face à Guillaume, à Simon l’électro, à Lolo le machino… J’ai ce besoin de plaire à mon mari, qui est le réalisateur, mais aussi à tous les autres.
 

Bérénice Bejo interview the search

Avec Annette Bening © La Petite Reine / La Classe Américaine / Roger Arpajou

Comment s’est déroulé le tournage au côté du jeune comédien tchétchène de 9 ans, Abdul Khalim Mamatsulev, qui incarne Hadji, le jeune orphelin qui est votre partenaire à l’écran ?
Michel ne voulait pas que cet enfant ressorte de ce tournage avec des étoiles dans les yeux et qu’il aille imaginer que c’était ça, la vraie vie : un tournage, c’est particulier, vous êtes particulièrement dorloté. De plus, il ne veut pas devenir comédien. Il ne fallait pas transformer sa vie. Je n’ai pas cherché à jouer la maman avec lui. J’ai établi une certaine distance tout en attendant qu’il vienne vers moi, ce qui a mis énormément de temps… Il était plus que timide, du moins avec moi ! Carole ne sait pas quoi faire avec ce gamin et moi, Bérénice, je ne savais pas non plus quoi faire avec Abdul Khalim.
 

Bérénice Bejo interview the search

© La Petite Reine / La Classe Américaine / Roger Arpajou

Pourquoi avoir choisi de tourner avec des comédiens tchétchènes non professionnels ?
Le fait de jouer avec des Russes et des Tchétchènes, dans leurs langues pour les passages les concernant, rend le film plus réaliste et facilement compréhensible pour le spectateur. Il sait ainsi tout de suite qui appartient à quel camp. Les acteurs du film ne sont pas des professionnels, mais des gens qui ont vécu la situation et qui par conséquent ont mis leurs tripes dans leur rôle. C’était donc très important pour eux que l’on raconte bien l’histoire.

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