Giancarlo Giannini, le gentleman de l’ombre

On vous retrouve au générique d’œuvres horrifiques comme Mimic (Guillermo del Toro, 1997) et Darkness (Jaume Balaguero, 2002). Vous intéressez-vous au cinéma de genre ?
Ces œuvres ne m’ont rien apporté de neuf. Le cinéma est comme une orange : chaque quartier du fruit est empreint d’un style et d’une façon de faire différents. Au fil de ma vie, j’ai toujours privilégié l’éclectisme, en favorisant la diversité dans mes choix de carrière. Les effusions d’hémoglobine dans les films d’horreur peuvent être très belles. Combien de gens devrait-on tuer pour verser autant de sang que Kubrick, lors de cette scène de Shining (1980) où l’ascenseur déverse des flots de raisiné ?
Le cinéma permet de le faire et c’est ce qui fait sa beauté. L’art de la fiction est du domaine du rêve. Les films sont des fables pour adultes. On s’endort heureux d’avoir exploré ce monde qui s’est ouvert à nous. Nous, acteurs, avons le devoir de raconter ces fables. C’est le principal aliment de nos vies. Waow, quelle belle phrase ! (Rires).
 

Giancarlo Giannini dans "Sexe Fou"

Avec Laura Antonelli dans Sexe fou, de Dino Risi © Dean Dayan Cinematografica

Comment varier les plaisirs et regretter l’usage de la pellicule

Votre premier film, Ternosecco, est une comédie et votre second, The Gambler Who Wouldn’t Die, se situe entre le thriller et le polar. En tant que cinéaste, aimez-vous vous frotter à différents styles ? Et plus particulièrement, êtes-vous branché films noirs ?

« Continuez à vous rendre dans les salles obscures, sans cela, dans quelques années, elles auront toutes disparu… »

J’aime tous les genres, comme un musicien qui peut varier les rythmes d’une symphonie : allegro, allegretto ou moderato. Cela permet aussi d’explorer le fond de sa pensée. Un comédien le fait par le biais de ses rôles. De ma filmographie d’acteur, on peut extraire des personnages extravagants, presque bouffons — comme Mimi métallo (de Mimi métallo blessé dans son honneur, Lina Wertmüller, 1972-ndr) et les « caractères » que j’incarne dans Sessomatto— proches de la farce ou du spectacle de marionnettes… Mais aussi d’autres plus innocents, naïfs, voire linéaires.

En tant que cinéaste, mes films sont tels des boucles et mon instinct me dicte de raconter ces histoires. Dans Ternosecco, Domenico (un Napolitain incarcéré parce qu’il dévoilait les numéros du Loto !-ndr), alors qu’il est sorti de prison, décide d’y retourner à la fin de la dernière bobine. C’est comme un arc représentant l’inéluctabilité du sort. Il termine son parcours entre désir de vie et de mort. Cette boucle balance entre réel et fantaisie, les deux étant reliés. C’est sans doute une expression de mon idée de l’homme constamment confronté à de nouveaux défis.
 

Silvia de Santis dans "The Gambler who wouldn't die"

Silvia de Santis dans The Gambler who wouldn’t die

Quelques mots pour les lecteurs de Lui ?
Continuez à vous rendre dans les salles obscures, sans cela, dans quelques années, elles auront toutes disparu… Le numérique a changé le futur du cinéma. Cette révolution n’a pas été complètement digérée, car une image numérique raconte autre chose. Penser un film pour le tourner sur pellicule ou en digital est sensiblement différent. On n’en est qu’à 10 % des capacités de ce support. Il ouvre des possibilités autres que celles fournies par l’argentique, mais échoue à recréer la magie d’une image tournée en pellicule. Il reste 90 % du chemin à faire.

Un grand merci à Giancarlo Giannini, ainsi qu’à Jonathan Lenaerts, à la charmante Gurpreet Singh et à la fine équipe du BIFFF.

Traduction : Paola Fabiola Marrano.

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