Pourquoi on va tous se mettre au cinéma mexicain

4 bonnes raisons de ne pas rater le Festival du film mexicain ce week-end

Vous n’habitez pas Paris ? Pas de panique ! Le Festival Viva Mexico —consacré comme son nom l’indique au cinéma mexicain— va également voyager en France jusqu’à la mi-novembre. Vous aurez donc toutes les occasions de vous rattraper. Mais quoi qu’il arrive, découvrez tout de suite pourquoi l’heure est au cinéma mexicain.

Parce qu’il explose

S’il avait déjà connu un âge d’or, le cinéma mexicain n’était plus en très grande forme au tout début des années 2000. Mais l’an 2000, c’est du passé : en 12 ans, la production cinématographique au Mexique est passée de 15 longs-métrages par an à… 120. Avec au bout du chemin, la reconnaissance internationale : cette année, le cinéma mexicain a été distingué (entre autres festivals) à Cannes (Prix du scénario à Michel Franco pour Chronic) et à Berlin (Prix du meilleur premier film à 600 Millas de Gabriel Ripstein). Alfonso Cuaron présidait de son côté le jury de la Mostra de Venise, et c’est encore vers un Mexicain que se tourne Netflix pour créer sa première série en langue non-anglaise (en Espagnol, donc).

À la demande du site de video-on-demand, Gary Alazraki (dont la comédie Nosotros los Nobles tient la première place du box office local avec près de 7 millions d’entrées) s’est emparé avec son talent fou des manettes de Club Cuervos. Dans cette série, les aficionados assistent depuis ce mois d’août au combat sans pitié pour le rachat du club de Football de Nueva Toledo. Viva Mexico est donc l’occasion de faire plus ample connaissance avec les acteurs majeurs de ce mouvement de fond qui n’a rien à envier à, disons, au hasard, Christian Clavier ou Kev Adams.

Parce qu’il y en a pour tous les goûts

« C’est un pays d’Amérique latine… Situé en Amérique du Nord », décrypte Jean-Christophe Berjon, le programmateur du Festival. « Et on y constate à la fois un rejet des États-Unis, de leurs valeurs… Ainsi qu’un puissant désir d’avoir exactement la même chose, la même vie. Ce n’est qu’un des paradoxes qui contribuent à donner à cette culture un cinéma très particulier ». Surtout, un cinéma… Qui en a, osera-t-on ajouter faute de mieux.

Entre 600 Millas, Prix du Meilleur premier film au Festival de Berlin, road-movie unissant un policier américain incarné par Tim Roth et un tout jeune trafiquant d’armes de bas étage, Las Elegidas, une histoire d’amour qui va conduire tout droit sa protagoniste de quatorze ans vers la prostitution forcée, la comédie Eddie Reynolds dans laquelle un ex groupe de rockeurs décide de se reformer à l’âge de la retraite ou le biopic sur l’icône de la pop mexicaine Gloria Trevi (20 millions de disques vendus et un emprisonnement puis, plus tard, un acquittement à la clé), les films présentés au festival Viva Mexico vous atteignent aux tripes, directement. Une sensation qui se fait trop rare au cinéma pour ne pas en redemander.

Gloria Trevi biopic

Gloria, de Christian Keller © Viva Mexico

Parce qu’il ne ressemble à rien d’autre

« On ne va pas faire la révolution, plus personne n’y croit… », poursuit Jean-Christophe Berjon. « Même en Amérique Latine, on ne rêve plus de changer le monde avec un film… Alors, que veulent ces cinéastes ? Se questionner, questionner ceux qu’ils filment, et questionner ceux qui voient leur film. C’est un cinéma qui veille à n’exclure aucune part de l’intimité. » Ce qui explique la genèse du documentaire Llevate mis Amores, consacré au phénomène de l’immigration mexicaine aux États-Unis, non par le prisme, comme on en a l’habitude, des migrants eux-mêmes, mais de ceux qui les aident sur la route.

Qui sont-ils ? Pourquoi les femmes de ce groupe que l’on appelle Las Patronas se lèvent-elles chaque matin afin d’apporter à boire et à manger aux migrants littéralement entassés dans et sur un train surnommé La Bête ? Ou encore, dans la catégorie fiction, Un Monstruo de mil cabezas, dans lequel un homme est atteint d’une maladie grave… Mais dont le sujet est la course-poursuite, jusqu’à la violence, qui s’engagera entre son épouse et la compagnie d’assurance.

Parce que c’est le futur

Alfonso Curaon, Gabriel Garcia Bernal, Salma Hayek et Guillermo del Toro ont ouvert la voie de ce deuxième âge d’or du cinéma mexicain. Mais voici qu’arrive le temps de Gabriel Ripstein (42 ans), Christian Keller (29 ans), Michel Franco (36 ans), Lucia Carreras (on ne dit pas l’âge des jeunes femmes, mais elle explosé en 2011 avec le très beau Année bissextile de Michael Rowe) ou Eugenio Derbez (dont le Ni repris ni échangé rapporta l’an dernier, dans son pays d’origine, plus de 40 millions de dollars en un mois) nouveaux visages d’une nouvelle époque.

Avec un marché de 118 millions d’habitants et un total en 2014 de 248 millions d’entrées (moins que l’Inde, l’Amérique du Nord —États-Unis + Canada— et la Chine, mais plus que la Corée du Sud, la France ou la Russie), le cinéma mexicain se porte bien, merci pour lui… Mais vous l’aviez peut-être compris.

Eddie Reynold film mexicain

Eddie Reynolds, de Gustavo Moheno © Viva Mexico.


En 2013, Fernando Embicke expliquait à l’AFP que « dans tous les festivals du monde, on voit apparaître deux, trois ou quatre films mexicains intéressants », avant d’apprendre que lui-même serait sélectionné et récompensé à San Sebastian pour son Club Sandwich. « On ne peut peut-être pas savoir aujourd’hui s’il y a une nouvelle vague du cinéma mexicain, mais ce qui est certain c’est qu’il y a comme une boule de neige qui nous mène vers un panorama plus optimiste », complétait Mariana Chenillo, prix de la mise en scène au Festival de Moscou 2009 pour sa perle d’humour noir Cinco días sin Nora. Deux ans plus tard, la boule de neige se transforme en montagne. Oh Mexico lindo

Jusqu’au 13 octobre, au Cinéma Étoile Lilas. Puis à Chelles, au Etoile Cosmos du 14 au 16 octobre 2015, à Vichy au Étoile Palace du 4 au 10 novembre, à L’Isle Jourdain au cinéma Olympia le 21 novembre 2015, à Condé-sur-Noireau au Royal le 17 et 18 novembre. Toutes les infos sur le site de Viva Mexico, ici.

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