Cannes est sexy, sexy est Cannes !

Par définition, tout est sexy au Festival de Cannes — les stars sur le tapis rouge, les yachts rutilants ou la Fraise Melba du glacier Vilfeu à 8 euros 50. Mais puisqu’il s’agit d’abord d’un festival de cinéma, on a décidé de s’attarder sur les actrices à l’écran de cette très riche édition 2016, celles qui parlent aussi bien à notre cœur qu’à notre tête. Et non, on ne fera pas de blague sur le fait qu’il s’agissait de la 69ème édition.
 

Sandra Huller dans Toni Erdmann

Sandra Huller dans Toni Erdmann

Sandra Hüller © Komplizen Film

Lorsque la promo se resserrera autour de ce film de Marenn Ade lors de sa sortie (prévue pour le 17 août), une photo devrait revenir très souvent : celle de son actrice Sandra Huller toute nue face à une gigantesque créature velue dans son salon. On ne dira pas comment elle en arrive là, sinon que la scène est un des acmés de cette excellente comédie allemande douce-amère (spoiler : il ne s’agit pas d’une convention de fans de Chewbacca).

Huller y joue une cadre ambitieuse, expatriée en Roumanie, et qui reçoit la visite inopinée de son papa farceur invétéré, adepte des fausses dents ou du coussin péteur. Une working girl qui sait contrôler sa carrière, les hommes (cf une certaine scène où il est question de masturbation et de petits fours) mais doit juste apprendre à se lâcher un peu. Comme dans la scène précitée, qui prouve que l’on peut être à poil et digne à la fois.

Sortie: le 17 août 2016
 

Sasha Lane dans American Honey

Sasha Lane dans American Honey

Sasha Lane Parts&Labor, LLCPulse Films Limited, The British Film Institute, Channel Four


Chaque édition cannoise a son lot de révélations d’actrices non-professionnelles, sorties de nulle part : cette année, il y avait la mystérieuse Raph, tomboy à tomber dans Ma Loute de Bruno Dumont, comédie de cannibales sous influence Tintin. Il y a surtout Sasha Lane dans American Honey (Prix du Jury présidé par le cinéaste George Miller) par l’anglaise Andrea Arnold. Un road movie énergique sur une bande de marginaux fêtards, qui sillonnent les États-Unis en vendant vaguement des abonnements de magazine. Tout en dreadlocks et look grunge. Lane joue la bien-nommée Star, qui fugue pour rejoindre ces jeunes menés par le bad boy Shia Labeouf.

Lane/Star est une vraie fleur sauvage : le personnage de Labeouf, lors de leurs premiers ébats, lui demande ainsi poliment s’il peut jouir. Avant cela, la jeune Lane (19 ans) était serveuse dans un restaurant texan. Elle répondit à une annonce de casting qui demandait des « gens fous, physiques, sans peur et prêts à l’aventure ». Tout est dit et colle à l’actrice. Cette fille bien d’aujourd’hui (vérifiez son Instagram) est devenue entretemps la petite amie de Shia Labeouf.

Sortie: non annoncée
 

Kristen Stewart dans Personal Shopper

Kristen Stewart dans Personal Shopper

Kristen Stewart © Carole Béthuel

Le réalisateur Olivier Assayas a tellement aimé travailler avec Kristen Stewart sur Sils Maria (2014) qu’il lui offre un film rien que pour ses yeux avec Personal Shopper. Un drôle de pitch : Kstew est Maureen, assistante d’un mannequin et médium à ses heures. Elle est vite hantée par un fantôme, peut-être celui de son frère jumeau décédé, et les nombreux SMS d’un inconnu. Prix de la Mise en Scène (mérité), Personal Shopper en arrive à rendre flippantes les scènes où Stewart, anxieuse, tapote sur son smartphone comme un esprit frapperait des coups pour communiquer avec les vivants.

Car loin d’être une scream queen trébuchant dans les couloirs, elle est filmée comme un beau fantôme, virtuellement ultra-connectée (Skype, mails) mais un peu loin de ce monde. Avec une folle envie de disparaître, à l’étranger ou en devenant une autre. Personne ne peut choper Kristen Stewart. À la séance de gala du film à Cannes, elle flottait sur le protocole, préférant une paire de baskets aux talons aiguilles réglementaires.

Sortie: 19 octobre 2016
 

Sônia Braga dans Aquarius

Sonia Braga dans Aquarius

Sonia Braga © Victor Jucá / CinemaScópi

C’est un come-back, comme on dit. Star du petit et grand écran dans son Brésil natal depuis les sixties, Sonia Braga nous est surtout connue via sa carrière américaine : Milagro (1988) de Robert Redford, dont elle fut la compagne ou La Relève (1990), et sa scène torride avec le pauvre Clint Eastwood attaché sur une chaise. Le sex symbol s’est ensuite réfugié à la TV (Sex & The City, Alias) avant que le cinéaste Kleber Mendonça Filho ne lui propose le rôle en or d’Aquarius. Elle y joue Clara, une ex-critique musicale, très attachée à Queen et à l’immeuble où elle vit, dernière habitante d’une coquille vide convoitée par de louches promoteurs. Prisonnière ? Non, c’est un beau portrait de femme libre, fière de son indépendance (le genre à ne plus voir ses enfants pendant deux ans pour écrire un bouquin ou accueillant un gigolo tranquillou chez elle).

Clara navigue dans ses souvenirs, convoquant l’histoire du Brésil ou la nostalgie de la chair… notamment grâce à une scène qui redonne sa noblesse à l’expression « mon cul sur la commode ». Sans jamais s’y noyer mais flottant. Sinon, Sonia Braga a 65 ans, mais c’est un détail.

Sortie: 28 septembre 2016
 

L’ensemble du casting féminin dans The Neon Demon

The Neon Demon Sexy

The Neon Demon © Gunther Campine

On ne sait plus où donner de la tête dans ce conte horrifique/sarcastique sur le milieu de la mode à L.A. Nicolas Winding Refn, le réalisateur de Drive, y imprime son habituel style excessif et brillant : pensez à des shootings pour Dolce & Gabbana ou d’Helmut Newton transformés en trips splendides/acides/cauchemardesques. Les stroboscopes, les couleurs ultra-violentes, les poses hiératiques des mannequins ou la musique de Cliff Martinez (entre Giorgio Moroder et post-punk) dressent un écrin fascinant : au milieu, le Petit Chaperon Rouge au milieu des loups et louves. Ou plutôt Elle Fanning, en top débutant parfait (comprendre : entièrement naturelle), qui suscite l’envie et la jalousie chez les photographes et consoeurs, déjà tapées à vingt ans. Fanning y est un « diamant au milieu d’un océan de verre », dixit un personnage.

Oui, et ses airs de petite princesse pure est un effet spécial en soi dans un univers surréaliste, toujours sur le point de basculer dans le bain de sang (spoiler : il y en a, et ce, dès la bande-annonce). À côté, le mannequin Abbey Lee Kershaw s’autoparodie en top affamée ; Christina Hendricks (Joan dans Mad Men) joue les directrices d’agence mais on fond surtout devant Jena Malone (The Hunger Games) en maquilleuse, girl next door et lointaine cousine tordue de Willow, la meilleure copine dans la série Buffy Contre Les Vampires.

Sortie: 8 juin 2016

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