À 3 on y va : « Il n’y a pas de règles en amour… »

 
À trois on y va est un film léger et émouvant qui, contre toute attente, fait sourire et rire aux éclats.
Là où devrait naître le conflit, il n’est jamais question de maux, de jalousie ou de tristesse mais de réconciliation et de romantisme. Jérôme Bonnel réussit à faire naître la paix là où d’ordinaire surgit la tension, la haine, le chagrin.

Dans un monde chaque jour plus contradictoire, la seule conviction qu’il nous reste est l’amour.

Car rappelons l’histoire : Charlotte (Sophie Verbeeck) et Micha (Félix Moati) sont jeunes, beaux et amoureux. Puis Charlotte trompe son amoureux avec Mélodie (Anaïs Demoustier), laquelle ne va pas tarder, à son tour, à la tromper avec Micha… Et sans juger, on accepte les trois personnages comme ils sont, avec leur innocence, leurs émotions et leurs questions.

Dans un monde de plus en plus contradictoire, le réalisateur veut montrer au spectateur que la seule conviction qu’il lui reste est l’amour. Ne plus croire qu’en ce sentiment si noble est semble-t-il, pour lui, ce qu’il reste de plus beau, au bout du bout, tous chemins explorés et toute philosophie cuite et recuite.

Anaïs Demoustier, Félix Moati et Sophie Verbeeck forment un trio complice et généreux qui donne presque envie de s’aimer à trois… À défaut, LUI s’est assis à leur table.
 

LUI. L’amour à trois, c’est possible ?
Anaïs Demoustier.
À chaque nouveau rôle vient la confrontation à des questions qu’on ne se serait pas forcément posées. Durant le tournage, je me suis demandée s’il était possible d’aimer deux personnes en même temps… D’être amoureuse d’un couple ? Je pense que oui et, également, que le couple aime en retour, sans jalousie. C’est cela qui est beau dans ce film, il y a beaucoup de tolérance et d’acceptation, sans conflits majeurs.

Félix Moati. Il n’y a pas de règles en amour. C’est un espace de liberté immense que chacun peut vivre comme il l’entend. Je sais qu’à titre personnel, j’aurais beaucoup de mal et je ne le supporterais sans doute pas.

Sophie Verdebeeck. L’amour, dans l’absolu, c’est possible entre deux, trois, quatre… Il n’y a pas de critères. Tout dépend des histoires de chacun.

Loin de tout ce qu’on peut imaginer, ce film léger et attendrissant est un Vaudeville. Tout du long on rit joyeusement. Ce côté comique vous a plu ?
Sophie.
Ces moments de comédie donnent des respirations d’humour, à l’intérieur d’une vraie profondeur. À la première lecture, je n’ai pas vu le côté humoristique. Le côté Vaudeville avec les portes qui claquent… c’est comme des pulsations ou des respirations à l’intérieur du drame, qui viennent rythmer le film.
 

A 3 on y va interview Anais Demoustier

Anaïs Demoustier, photo Céline Nieszawer © 2015 Rectangle Productions / Wild Bunch Distribution

Félix. C’est une délicatesse de la part de Jérôme. C’est une manière pour lui de protéger le spectateur. Le sujet est à la base un peu grave. Finalement, c’est comme dans la vie, il y a des instants de légèreté.

Anaïs. En lisant le scénario, j’ai seulement perçu le comique de situation, avec mon personnage qui s’empêtre dans ses mensonges et se retrouve dans des situations rocambolesques. C’est plutôt les grands sentiments et le romantisme qui m’ont particulièrement marqué.

Là où devrait naître le conflit, il n’y a pas de jalousie, pas de tristesse, pas de maux… C’est presque idyllique. Comment est-ce possible ?
Anaïs.
Les personnages acceptent ce qui se passe. Quand il y a de la colère, de la haine ou de la jalousie, c’est en général parce qu’on ne veut pas voir ce qui nous arrive. Ils ont beau être très jeunes, ils ont la maturité et le courage de s’autoriser à vivre ce qu’ils ont à vivre, en se le disant les yeux dans les yeux.

Félix. Il n’y a pas de jalousie car le film est sur la réconciliation et la paix. Le couple de Micha et de Charlotte vit dans la nostalgie d’un amour passé qui a été très fort. Jérôme nous capte dans un moment donné, où l’amour de ces deux jeunes gens qui s’aiment profondément est en crise. Mais ils ne veulent pas le laisser partir. Ils y ont cru et veulent y croire encore.

Sophie. Le conflit ne provoque pas de la haine ici, mais de l’amour. C’est toute la beauté du film.
 

A 3 on y va Anais Demosutier Sophie Verbeeck

Photo Céline Nieszawer © 2015 Rectangle Productions / Wild Bunch Distribution

La confusion des sentiments, des genres et des sexes, semble être un mal de notre époque. Qu’en pensez-vous ?
Felix.
De manière générale, notre époque a un goût prononcé pour les idées moyenâgeuses. Que ce soit sur l’identité sexuelle, le retour excessif du fanatisme religieux… il y a un retour en arrière. Jérôme aime filmer les femmes et les gens amoureux. C’est uniquement ce qu’il fait dans son film. La question des genres, il n’a même pas dû se la poser.

Anaïs. L’histoire de l’homosexualité n’est pas traitée dans le film car en fin de compte, on s’en fiche complètement. Ce n’est pas le sujet. Je pense qu’on aura réglé beaucoup de choses le jour où toutes ces questions n’en seront plus. Le film a cette modernité. Au début, je n’ai même pas pensé au côté bisexuel de mon personnage, mais juste à ce couple à trois. 
Récemment, j’ai joué dans le film de François Ozon avec Romain Duris. Son personnage se travestit. Ce sont des questions qui reviennent et qui sont présentes dans les scénarios, or le cinéma est à l’image de la vie. Avec le film d’Ozon je m’étais déjà beaucoup interrogée sur la féminité : qu’est-ce qui fait qu’on est plus ou moins femme qu’un homme ? Est-ce que des hommes ne sont pas de temps en temps plus féminins que nous dans leur manière de s’habiller…?

Sophie. Jérôme arrive à effacer cette idée d’homosexualité. Que les personnages le soient ou pas, cela n’a plus aucune importance. C’est un sacré tour de force de sa part de réussir à ne montrer que l’amour entre eux trois.

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