L’art contemporain rejoue Vénus

La féminité au révélateur de l’art

De la Vénus antique à celles d’aujourd’hui, nos amis d’Artsper mettent au révélateur la féminité dans l’art contemporain à travers 6 artistes qui s’inspirent des canons historiques pour présenter la femme sous toutes ses coutures.

Le canon universel

Vénus Art contemporain Lefranc

© Jean-François Lefranc, Sans titre, 2013, Courtesy Artsper

Dans l’Antiquité, l’idéal de la beauté était masculin et la représentation de la femme s’écartait beaucoup de la virilité. Quelques millénaires plus tard, Jean-François Lefranc s’inspire du maître grec incontesté qu’est Praxitèle et sa Vénus capitoline (vers – 300) pour photographier la femme. L’artiste « pictorialise » la photographie et travaille l’image comme un ancien travaillerait une sculpture, en installant une ambiance, un décor, lesquels constituent un écrin où se révèle le corps tendre, laiteux, lumineux de la jeune femme. La posture de cette Vénus contemporaine est à la fois désinvolte et pudique. La torsion des jambes et l’air absent lui confèrent beaucoup de malice, mais s’inscrivent dans la retenue des sculptures grecques et manifestent quelque chose qui est de l’ordre du sensible, voire de l’érotique. Ici, l’esthétique que nous observons se donne pour absolue. Jean-François Lefranc revisite cette conception de la beauté pour photographier une Vénus contemporaine à la sensualité inégalable.

La femme Renaissance

Vénus art contemporain Kushwah

Vikram Kushwah, © Snow and the Deer, 2014, Courtesy Artsper

La Renaissance marque le passage à la femme vue comme incarnation ultime de la beauté, idée avec laquelle nous vivons jusqu’à nos jours. Vikram Kushwah (1983), artiste contemporain d’origine indienne, s’inspire fortement de ce prototype pour représenter des femmes-fleurs selon les canons de le Renaissance. Au drapé antique succède un jeu avec la chevelure, pudique et suggestive. Le corps est très blanc, presque nacré, la silhouette fine, aérienne, diaphane. La Vénus semble ne pas avoir de poids, et évoque par sa pureté l’harmonie avec la nature. Vikram Kushwah nous livre ici la version contemporaine de la Vénus de Boticelli.

L’infini sensuel

Vénus art contemporain Isabella Kretzdorn

© Isabella Kretzdorn, Femme nue allongée, 2009, Courtesy Artsper

À la fin du XVIII° siècle, l’érotisation de la femme n’est plus suggestive mais assumée. Il n’y a plus de retenue dans le dénudé, ni plus rien d’idéalisé, ni de normé, dans la peinture du féminin. Isabella Kretzdorn dépeint la femme dans cet esprit, et s’efforce de mettre en scène quelque chose qui est de l’ordre de l’introspection. À travers cette aquarelle, elle exalte l’expérience et la complexité de l’être féminin, et dépeint avec succès l’infini du désir.

L’étrangère

Vénus art contemporain Sarah Maple

© Sarah Maple, Selfportrait with melons, 2013, Courtesy Artsper

La « Tahitienne » a longtemps été un canon de beauté, symbole de l’amour naturel et libre, épanoui et charnel. L’attrait de l’exotisme, recherché en Orient ou dans les îles, a fait couler beaucoup d’encre, puisque les plus grands noms de la peinture et de la photographie ont été fascinés par ce féminin venu d’ailleurs. Sarah Maple entend déjouer ce regard fantasmé posé sur la femme étrangère. Elle s’inspire des problématiques qu’elle a rencontrées en grandissant en tant que musulmane dans le Sud de l’Angleterre, pour questionner les thématiques du genre, de la sexualité et la religion avec une pointe de provocation et beaucoup d’humour.

La femme singulière

Vénus art contemporain Renoma

© Maurice Renoma, Acte pulsionnel – M18, 1994, Courtesy Artsper

Aujourd’hui, les canons historiques sont déjoués par une nouvelle réalité : la beauté contemporaine est singulière. En d’autres termes, il n’existe pas de canon aujourd’hui, si ce n’est la singularité. L’individualisme a dominé le paraître, l’exigence de s’inventer un look personnel jouxte le respect des normes de beauté existantes. Cette donne est nouvelle et il devient nécessaire que la physionomie et la posture expriment une personnalité. Plus encore qu’un type de beauté, chaque femme représente elle-même. Sans doute aidé par son expérience tant de couturier que de photographe de mode, Maurice Renoma capture ce besoin de distinction à la perfection.

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