Jeux de miroir

Petite balade dans l’histoire de l’art… Et des Nus au miroir

Le Nu et le miroir possèdent chacun leur histoire propre mais, dès lors que le miroir investit celle de l’art, il s’agit plus que d’une histoire : c’est un lien étroit, qui a produit les plus belles œuvres de Nu.

La fable du Nu rencontrant le miroir n’est plus tout à fait une simple affaire d’esthétique. Les effets de miroir et ses dédoublements permettent de contourner l’obscénité et le vulgaire que pourrait comporter une exposition de corps nus et donc d’accéder à un rendu esthétique frappant.

Avec la galerie en ligne Artsper, retour sur 5 éléments rencontres du jeu de miroir et du Nu.

Le miroir, prétexte à la sensualité

D’emblée, observons que le Nu et la photo érotique sont deux sujets qui se départagent précisément. L’obscénité n’a qu’accessoirement besoin du Nu, tandis que la nudité peut ne rien avoir d’impudique. Traditionnellement, la représentation érotique est associée à un corps « entier ». C’est ici qu’on peut voir toute l’importance du jeu de miroir : en exposant le corps de manière morcelée, dédoublée, et miroitant dans d’autres surfaces, on ne peut plus faire le même procès qu’à la photo « pornographique ». Le miroir devient ainsi un moyen de subversion et permet de changer le regard que l’on porte sur l’art érotique.

Alain Longeaud Nu Miroir

Alain Longeaud, Être vu , 2012. © Alain Longeaud, Courtesy Artsper

Une fascination historique

Le miroir est certes un accessoire familier de l’art, et ce depuis la Renaissance. Le jeu de miroir interroge sur la place du spectateur, renvoie à la préoccupation philosophique majeure de la Renaissance puis du Siècle d’or espagnol : l’homme vu, et vu par lui-même, à travers son reflet, comme un individu. Les miroirs accompagnant des scènes intimes de Nus féminins sont très nombreux. L’une de plus célèbres peintures mettant en scène un jeu de miroirs est le sublime nu de Velázquez, La Toilette de Vénus ou Vénus au miroir, qui figure un fascinant nu de dos se mirant dans un miroir, enserrant le spectateur dans son attraction hypnotique. Cette toile continue aujourd’hui d’inspirer les plus grands photographes de Nu.

Nu miroir Velasquez

Diego Velázquez, La toilette de Vénus, 1648. Courtesy National Gallery, London

Une présence accrue dans l’art contemporain

La présence récurrente du miroir dans la peinture et la photographie témoigne de certaines questions posées au monde. À la fois forme, objet, figure et matériau, le miroir est présent dans les œuvres de nombreux artistes contemporains. De Monir Farmanfaian à Anish Kapoor en passant par Jeff Koons, les surfaces réfléchissantes sont à l’honneur dans l’art aujourd’hui. Autant symbole que réalité, le miroir suscite une double interprétation. Illusion pour les uns, accès à la vérité pour les autres, il illustre ainsi l’ambiguïté de la condition humaine, toujours ballottée entre réel et doute.

Anca Cernoschi Nu au miroir

Anca Cernoschi, Stories Of Light 11 , 2015. © Anca Cernoschi, Courtesy Artsper

Le jeu de miroir et la scénographie

Néanmoins, dans l’art contemporain, le miroir est moins utilisé comme un accessoire que comme une porte ouvrant à de multiples dimensions. Le jeu de miroir est donc l’une des techniques les plus subtiles de l’art. Il permet la suggestion, prolonge l’œuvre visuellement et nous donne à voir des personnages dédoublés pour que l’œil s’y attarde. La perspective disparaît au profit de la surface. Le miroir permet d’accentuer la perte de repère spatial, multiplie les surfaces. Le regard du spectateur est ainsi captif d’un univers étroit et bouché dont les limites sont repoussées par un jeu de reflets et d’écrans articulés, au centre duquel figure le corps dévoilé.

Evert Thielen Nu au miroir

Evert Thielen, Lady with mirrors, 2002 © Evert Thielen Courtesy of Artsper

Miroir vrai et vérité au miroir

Le miroir est donc à la fois opaque et transparent et cette ambiguïté lui donne une puissante richesse métaphorique. Il a cette fonction paradoxale qui est celle de révéler, tout en cachant à celui qui se place devant, le monde qui l’environne. Le miroir installe donc l’ambiguïté, et c’est précisément pour cette raison qu’il se prête si généreusement aux représentations érotiques. En installant l’illusion, il suggère des mises en situations charnelles et sensuelles.

Antoine Poupel Nu crazy Horse

Antoine Poupel, Sans titre, série Crazy Horse, 2015. © Antoine Poupel Courtesy of Artsper

Néanmoins, il ne faut pas voir dans les Nus des œuvres d’art superficielles qui n’ont à offrir que l’exposition des corps, et dans le jeu de miroir un élément pour contourner la censure. Souvent, les photographies et peintures de Nus invitent à l’introspection et à l’exploration de sa conscience. Mis à nu, et en face du miroir, on est désemparé et on ne peut échapper à soi.

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