Tout, tout, tout, vous saurez tout sur le dessin

À l’heure où l’innocence et la puissance paradoxale du simple dessin interpellent toutes les consciences, Lui.fr a rencontré Frédéric Pajak, artiste, éditeur et encyclopédie vivante de l’illustration sous toutes ses formes. Nous avons visité ensemble l’exposition colossale (700 œuvres de 67 artistes y sont rassemblées) qui se tient sous sa direction jusqu’au mois d’août, à la Halle Saint-Pierre à Paris.

Balade illustrée en compagnie du fondateur des Cahiers Dessinés, qui fêtent ainsi leur dixième numéro. Auteur, dessinateur et érudit, Frédéric Pajak nous guide parmi des dessins immortels.
 

Dessin de Mix et Remix

Mix & Remix, 2014, encre. © Mix et Remix, collection de l’artiste courtesy Les Cahiers Dessinés.

« Le dessin ? Un silence noir sur le bruit blanc. »

Pour les non-initiés, pouvez-vous nous rappeler ce que sont vos Cahiers Dessinés ?
Une maison d’édition que j’ai fondée en 2002 et dédiée uniquement au dessin. Aujourd’hui, une centaine de monographie sont parues, ainsi que dix numéros de la revue du même nom.

Quel message souhaitiez-vous délivrer à l’époque, avec cette initiative ?
L’idée était de montrer le dessin en tant que langage. Bien avant de se parler, ou de dialoguer par le biais de la musique, cet art s’est instauré comme véritable moyen de communication entre les peuples. Encore aujourd’hui, tous les enfants dessinent. Certes, certains dessins sont plus beaux que d’autres, selon des critères propres à chacun. Peu importe. Les dessins d’enfant ont tous un intérêt : ils ont quelque chose à dire.
 

Dessin de Anna Gorouben

Anne Gorouben, Le cours de danse, série « Le bonheur familial », pastel sec sur papier, 32 x 24 cm. © Anne Gorouben / Collection de l’artiste courtesy Les Cahiers Dessinés.

Aujourd’hui, la place du dessin dans notre société semble avoir pris un tournant capital au regard des récents attentats contre Charlie Hebdo. Ressentez-vous des vibrations particulières auprès de vos visiteurs ?
Les visiteurs ont une émotion certaine lorsqu’ils viennent voir cette exposition. Particulièrement lorsqu’ils se trouvent dans la partie « Dessins d’humour et de presse ». Ils sont alors très touchés et très concentrés. Peut être parce qu’ils se sont rendus compte du danger que représentait ce langage.

L’exposition a été préparée il y a plus d’un an mais, dès le départ nous voulions la présence des œuvres des dessinateurs historiques de Charlie Hebdo et d’Hara-Kiri comme Gébé, Pierre Fournier, Willem. Il aurait aussi pu y avoir Georges Wolinski ou Philippe Honoré, décédés le 7 janvier dernier. Mais cela n’a pas pu se faire. Le hasard fait quelquefois mal les choses. Pourtant, j’aurai beaucoup aimé travailler avec eux, et particulièrement avec Honoré. C’est quelqu’un que j’aimais profondément et que je connaissais. Il était très doux. Un vrai rêveur et un surtout dessinateur à part entière dans Charlie Hebdo. Un peu dans la lignée de Félix Vallotton.
 

Dessin de Fournier dans Hara Kirki

Pierre Fournier, Sans titre, Pages parues dans HARA-KIRI, 1960-1970, encre et collage. © Archives Pierre Fournier / Collection particulière courtesy Les Cahiers Dessinés.

Depuis longtemps pourtant, le dessin est perçu une arme. Mais est-il encore un acte de résistance ?
Les gens ont peut-être compris avec ces attentats, en effet, que le dessin était une arme. Mais je ne sais pas si on peut le qualifier d’acte de résistance. La parole aussi, peut être frondeuse et incisive. Nous vivons dans un monde dangereux, nous l’avons bien compris. Mais n’oublions pas que d’autres personnes qui n’étaient pas dessinateurs ont également assassinées au cours de cet attentat, à l’instar de Bernard Maris, chroniqueur, écrivain et économiste.

Vous êtes, avant d’être un passionné, un véritable dessinateur, fils de l’artiste peintre Jacques Pajak. Comment avez vous vu évoluer cet art depuis plus de 50 ans ?
Il est très difficile de théoriser l’évolution du dessin car il est un langage. C’est ce qu’essaient de montrer cette exposition et cette collection. Toutes les émotions sont possibles, du dessin d’humour à celui d’art brut, en passant par le dessin d’art classique comme le contemporain. Tout le monde peut s’essayer au dessin. Voilà pourquoi le cinéaste Federico Fellini était dessinateur avant de devenir cinéaste, ou pourquoi Claude Monet était caricaturiste avant que l’on puisse lui reconnaître, dans ses peintures, un véritable génie. Il en va de même pour Félix Vallotton qui était à ses débuts dessinateur de presse. Il n’existe, finalement, aucune limite dans cet art. La seule chose qui compte, c’est de le montrer.

Dessin L'averse de Felix Vallotton

Félix Vallotton, L’averse, 1894, gravure sur bois, 18,2×22,5 cm. © Galerie du marché, Lausanne courtesy Les Cahiers Dessinés.

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