Diaporama : Ed James, bras armé du fait-divers

Le photographe Ed James met en scène des objets du quotidien ayant servi d’armes mortelles lors de faits-divers tristement banals: armes bizarres de meurtres invisibles…

« À Fort Worth dans le Texas, un homme de 33 ans a tué un homme de 53 ans avec une guitare. »

Une spatule, une guitare, un bocal de cornichons peuvent faire basculer la vie des proches dans l’horreur : ils deviennent alors des « armes par destination ». Dans sa toute dernière série, Ed James raconte ce pan obscur du quotidien, ces vies brisées sans la moindre explication possible, ces faits-divers que l’on se cache mais sur lesquels se ruent les journaux, les lecteurs et même les romanciers. Nous avons voulu savoir ce qu’il y avait dans sa tête pour en venir à s’intéresser à un sujet aussi troublant, triste, et lugubre, et comment il s’y prenait pour ne pas enfermer son public dans le seul aspect macabre de ces histoires.

Comment avez-vous procédé ? Il ne s’agit pas des objets réels, n’est-ce-pas?
Non, les objets eux-mêmes ne sont pas ceux qui ont été utilisés comme armes. Je voulais utiliser des objets neutres, du quotidien, pour illustrer mieux encore l’étrangeté d’un tel usage. Toutes les informations proviennent d’articles en ligne, mais je ne voulais pas non plus utiliser les noms de famille des personnes impliquées. J’ai pensé qu’une brève description —le lieu, l’âge et le sexe— serait plus appropriée. Puis je les ai photographiés dans un studio : je voulais que chaque objet soit éclairé d’une façon inhabituelle, hors de son contexte, en référence à la manière dont les tueurs s’en sont servi.

Comment espérez-vous que les spectateurs réagissent à ces images ?
Ils devraient se sentir mal à l’aise, et pourtant intrigués.

« J’aime à penser que l’image finale reflète l’exact opposé de ce à quoi ont servi ces objets. »

Comment êtes-vous devenu photographe ?
J’ai quitté l’école à seize ans et j’ai trouvé un emploi dans le bâtiment. Un jour, le couvreur avec qui je travaillais s’est retourné vers moi pour me dire que je devrais retourner à l’école, parce que j’avais « soif d’apprendre ». J’ai toujours aimé l’art à l’école et j’ai décidé de suivre un cycle préparatoire universitaire. Puis j’ai continué dans cette voie et étudié la photographie et la télévision 5 ans durant.

D’où vient l’idée de ce projet ?
J’ai été photographe pour la publicité pendant 18 ans, aussi mon travail a-t-il toujours été accompagné de concepts. Et je voulais travailler à quelque chose qui ne soit pas commercial. Partant du principe qu’une grande part de mon travail consiste en natures mortes, j’ai pensé aux objets, aux façons alternatives d’utiliser des objets. Puis en surfant sur le Net, j’ai découvert des articles relatant des meurtres commis avec des armes « étranges ». J’ai fait des recherches, et en ai trouvé de plus en plus, donc j’ai décidé de photographier ces armes bizarres.

Comment se sent-on après avoir achevé un tel projet ?
C’est un sujet sombre… Mais j’aime à penser que l’image finale reflète l’exact opposé de ce à quoi ont servi ces objets.

Vous pouvez retrouver les « Murder Weapons » et autres projets de Ed James sur son site Internet, ici.

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